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Du 23 mai 2022
au 23 mai 2022

Cinéma et littérature, des liaisons souvent heureuses

Un film sur cinq est une adaptation selon une étude réalisée par Livres Hebdo en 2020, une étude corrélée par l'enquête réalisée par la Société civile des éditeurs de langue française l'année d'avant (SCELF). Les duos littérature et cinéma font souvent des succès. Sans doute parce que le public se dirige plus spontanément vers quelque chose qu’il connaît.. Comment expliquer ce phénomène ? quels sont les liens ténus qui les rapprochent ?
De Stefan King à Stanley Kubrick : deux chefs d'oeuvreDe Stefan King à Stanley Kubrick : deux chefs d'oeuvre

Depuis l’invention du cinéma (1895, date du premier brevet déposé par les frères Lumière) une nouvelle façon de raconter a vu le jour. Et, il faut en convenir, la version écrite et la version filmique font plutôt bon ménage, mais laquelle enrichit l’autre ?
A  la veille de la 75e édition du Festival de Cannes 2022 qui s'achève le 28 mai, regardons de plus près.

Littérature et cinéma : des modes d'écriture différents, mais aussi de nombreux points communs.

Un roman est une création personnelle, intime… parfois, mais très rarement, écrite à quatre mains. Un film est une œuvre d’équipe, une association de compétences.
La chose écrite laisse la part belle à l’imagination : le lecteur a toute possibilité de donner l’aspect qu’il désire aux personnages, uniquement guidé par les indications de l’auteur.

L’auteur doit faire confiance au lecteur pour que la magie opère, mais, le lecteur n’est pas un professionnel à proprement parler. Il peut choisir les timbres de voix, les silhouettes qui lui semblent convenir, leur prêter le physique d’une connaissance ou d’un proche : il détient un extraordinaire pouvoir d’extrapolation. L’auteur va décrire des paysages, évoquer des odeurs, des sonorités, c’est le lecteur qui donnera à ce récit sa réalité.

En visionnant un film, le spectateur va se laisser totalement guider : les personnages, incarnés par des acteurs (célèbres ou moins connus), ne lui laissent pas la possibilité de les modeler à son gré. Les voix, les gestes, les attitudes, les regards, les décors ne laissent aucune place à sa propre imagination.Voici donc pour les différences.

La littérature peut laisser notre imagination vagabonder, le cinéma, au contraire, nous livre un produit fini, prêt à consommer. Mais considérons ce qui les rapproche.

En littérature, deux choses priment : le fond et la forme ou, autrement dit, le thème et le style. Le scénario est donc en soi une œuvre littéraire présentant ces deux aspects, mais elle est généralement réservée à un cercle restreint : producteurs et financiers, agents artistiques, acteurs et techniciens. C’est l’écriture de ce scénario qui implique l’adhésion ou le refus de ces professionnels et décide de la vie ou de la mort du projet.

En littérature, les agents littéraires, les directeurs de collection, les comités de lecture jouent un rôle similaire.Le processus est donc le même, mais, en ce qui concerne le cinéma, celui-ci possède un avantage de poids : le travail de groupe.

L’écrivain est souvent seul, armé de son stylo (remplacé aujourd’hui par son ordinateur), le travail à quatre mains étant rare (Erkmann Chatrian, Boileau-Narcejac sont parmi des exceptions).

Le cinéaste, lui, peut s’appuyer sur un grand nombre de compétences. Les acteurs apportent leur physique, leur gestuelle et leur voix. Les chefs opérateurs leur connaissance de la lumière et du cadre, l’ingénieur du son celle de la densité et de la qualité sonore du film. Les dialoguistes de renom peuvent pratiquement à eux seuls faire le succès d’une production : Michel Audiard, Jacques Prévert et Henri Janson en sont les exemples français les plus connus, Tarantino est réputé pour la qualité de ses scénarios et de ses dialogues, il a d’ailleurs fait paraître le scénario de « Pulp Fiction » sous forme de roman.

Le montage et le rythme des plans sont la dernière phase d’écriture de celui-ci.
La BO est un atout supplémentaire qui participe bien souvent au succès commercial du film. La musique peut être considérée comme un co-réalisateur : Georges Delerue, Vladimir Cosma, Michel Legrand, François de Roubaix, Ennio Morricone ou John Williams sont considérés comme des gages de succès et qui ne connait « leTourbillon de la Vie », ou « les Feuilles Mortes ?

L’apport de la musique classique (Barry Lindon, Alexandre Nevski) ou de standards de jazz (Miles Davis : Ascenseur pour l’Échafaud, Henri Mancini : la Panthère Rose, Lalo Schifrin : les Félins, Bullit) compte souvent énormément dans la réussite d’une œuvre cinématographique.

Théâtre, littérature et cinéma.

Le théâtre est le genre littéraire qui, longtemps, a été le plus proche du cinéma. Une pièce peut être lue, évidemment, mais elle a surtout vocation à être jouée.
Lors de sa représentation, elle utilise les mêmes ingrédients : mise en scène, acteurs, décors et accessoires, éventuellement accompagnement sonore.
Comme pour un film, le réalisateur ou le metteur en scène impose sa propre vision de l’œuvre. Il y a donc peu de place laissée à l’imagination du spectateur. La performance et le spectaculaire priment.
Cependant, certains auteurs sont passés avec succès derrière la caméra : Jean Cocteau bien sûr, mais aussi Marcel Pagnol et Jean Giono (producteur et superviseur de “Crésus” et d’ “un Roi sans Divertissement”).
D’autres l’ont fait avec plus ou moins de bonheur : Beigbeder ou Houellebecq, pour ne citer qu’eux.

Littérature et adaptations cinématographiques : quelques références

Outre les écrivains devenus réalisateurs, de très grands cinéastes ont adapté avec succès des romans ou des pièces célèbres pour le grand écran.  En tête de liste, on trouve les adaptations de comic books (Avengers : Infinity War, Black Panther, Aquaman), de littérature jeunesse (Les Animaux fantastiques), mais aussi des best-sellers et des classiques (Le labyrinthe : le remède mortel, Cinquante nuances plus claires, Les illusions perdues). 

Voilà quelques références cultes :

David Lynch, «Sailor et Lula» de Barry Guiford ;
Alfred Hitchcock, “Vertigo” d’après “Entre les Morts” de Boileau-Narcejac ;
Bertrand Tavernier, “Coup de Torchon” d’après 1275 âmes de Jim Thomson,
“l’Horloger de Saint Paul” de Georges Simenon ;
François Truffaut, “Tirez sur le Pianiste” de David Goodis 
“Fahrenheit 451” de Ray Bradbury,
“la Sirène du Mississippi” et “la Mariée était en Noir” d’après William Irish ;
Patrice Leconte, “Monsieur Hire” d’après le roman de Georges Simenon ;
Henri-Georges Clouzot, “l’Assassin habite au 21” de Stanislas-André Steeman ;
Maurice Pialat, “Sous le Soleil de Satan” d’après Georges Bernanos ;
Robert Wise, “West Side Story” librement inspiré de Roméo et Juliette de Shakespeare ;
Jean-Jacques Annaud : “le Nom de la Rose” d’Umberto Ecco,
“la Guerre du Feu” de J.-H. Rosny Aîné ;
Roman Polanski, “Rosmary’s Baby” d’Ira Lewin,
“Tess” de Thomas Hardy,
“le Pianiste” de Spilman ; Richard Brooks,
“la Chatte sur un Toit Brûlant” d’après la pièce de Tennessee Williams ;
Jean Renoir, “Journal d’une Femme de Chambre” d’Octave Mirbeau,
“la Bête Humaine” de Zola,
“une Partie de Campagne” de Guy de Maupassant,
 Claude Chabrol, "Les Fantômes du Chapelier" de Georges Simenon,

Ajoutons à cette liste non exhaustive "les Tontons Flingueurs" de Georges Lautner d’après la trilogie d’Albert Simonin, sans lequel le cinéma français ne serait pas ce qu’il est !

Toutefois, si la littérature n’a pas fini de nourrir le cinéma, l’inverse est aussi vrai. C’est ce qu’on appelle la novélisation.
Les romans les plus vendus et les plus connus adaptés de films sont sans conteste « 2001, l’Odyssée de l’Espace » d’Arthur C. Clarke d’après le film de Stanley Kubrick et "l’Armée des 12 Singes" d’Elisabeth Hand d’après le film de Terry Gilliam lui-même inspiré du court-métrage "la Jetée" du génial Chris Marker.

Littérature et cinéma : les genres en communs mais des traitements spécifiques

Pour le 5e comme pour le 7e art, il y a de nombreuses sous catégories qui sont très semblables : le genre populaire souvent comique (on y retrouve Rabelais, Labiche, Courteline, Marivaux mais aussi Charlie Chaplin, Philippe de Broca, Gérard Oury, Claude Zidi, les Monty Python ou Mel Brooks…) ;
la comédie sentimentale ; la comédie dramatique ; le drame ; la psychologie ; la science-fiction ; l’horreur, etc.

La lecture à voix haute est une discipline qui rencontre un grand engouement et seuls les textes parfaitement écrits passent cette épreuve avec succès. Tout se joue sur la modulation de la voix et de l’intensité des émotions transmises. Il n’y a ni jeu de scène ni performances d’acteur. La quintessence des mots, des phrases atteint alors son paroxysme.

Le cinéma offre cependant une catégorie très particulière : le film musical. Des œuvres de qualité, attirent un nombre grandissant de passionnés : West Side Story, bien sûr, mais aussi Coal Miner’s Daughter, La La Land, Wiplash ou La Môme, pour ne citer qu’eux. Seuls quelques livrets d’opéras ou d’opérettes peuvent rivaliser en la matière.

 

Aujourd’hui, il ne s’agit plus de savoir si une phrase égale un plan ou qu'un plan égale une phrase… Les enjeux ne sont plus vraiment philosophiques ou rhétoriques, ils sont le plus souvent commerciaux et financiers.
Le monde du livre se porte bien, alors que certains l’avaient déclaré moribond. Paradoxalement le cinéma trébuche un peu dans cette période post-covid.
Cependant, laissons le dernier mot à Claude Lelouch qui déclarait : "100 000 exemplaires vendus pour un livre, c’est un triomphe, 100 000 entrées pour un film, c’est un désastre."

 

Jean-Michel Boschet

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J'ai beaucoup de mal à prendre les passerelles entre les deux univers. J'ai rarement apprécié une adaptation de bouquin au cinéma.

Lorsque, parfois, j'ai vu le film avant de lire le livre, cela bride mon imagination. Enfin j'en ai la sensation. L'inverse ne m'est donc pas plus agréable.

Pour illustrer, je me rappelle n'avoir pas pu dissocier l'image d'Arnold Schwarzenegger de Ben Richards en lisant Running man, alors que ce dernier ne peut pas être le colosse choisi pour le représenter dans l'adaptation très libre - et très discutable - de ce bouquin au cinéma. Il est forcément différent, et pourtant malgré tous mes efforts, je ne voyais qu'un Douglas Quaid cherchant à échapper aux traqueurs avec une serviette mouillée sur la tête. C'était très frustrant, ça ne collait pas.

La puissance de l'image...

Publié le 15 Juin 2022

L'adaptation au cinéma de livres est une autre forme de lecture et parfois la magie de l'image peut provoquer notre adhésion ou non . Il y a deux écoles qui s'opposent alors : le film peut-il ou bien doit-il inciter à la lecture du roman? ou bien le roman peut inciter le lecteur à devenir spectateur de l'histoire de ce roman qui l'a séduit. Une adaptation est elle synonyme de modification , de relecture du roman ou bien la proposition d'un lecture propre au cinéaste qu'il désire partager ?

Publié le 01 Juin 2022

Souvent déçue par l adaptation des livres que j ai lu, par contre j'ai vu de jolies adaptations d'oeuvres qui ne me tentaient pas à la lecture. Sans pour autant avoir ensuite envie de les lire !
Panoplie d'envies et de préférences ouvre differents horizons

Publié le 24 Mai 2022