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Du 15 avr 2020
au 15 avr 2020

Les oiseaux et le Covid

Le COVID arrive aussi chez les oiseaux. Ce pourrait être un poème à la manière de La Fontaine, si les personnages n'étaient pas si réalistes et la morale si proche de notre actualité. Un poème écrit par Barbara Bordes pour l'appel à la l'écriture monBestSeller : "Ecoutez le silence"

 

Un pigeon-voyageur rentrait chez lui mal en point.

Lancé de la Grande Muraille à Pékin

Il avait volé d’un trait sans trêve ni répit 

Au dessus des mers, au-dessus des prairies ; 

A présent la fièvre le tenait, 

des frissons parcourant ses flancs

Il ne fendait plus l’air qu’en tremblant.

Cet émissaire était porteur d’un message

Emanant de l’Empire du Milieu,

Qui annonçait un mal mystérieux

en haut lieu , de funeste présage.

Devant le pigeonnier de l’Elysée,

L’oiseau ralentit, fit quelques ronds aériens

Et vint se poser sur le rebord d’une croisée.

Là il demanda à un serin à hallebarde 

Vêtu d’un habit d’or piqué de cocarde

Qu’il l’introduise auprès de l’aréopage 

Présidé par le Grand Oiseleur.

Le garde s’effaça et fit entrer cet ambassadeur

Auprès de la docte assemblée. 

Un faucon concolore, Premier Ministre de métier,

Juché sur son perchoir,

Lut le billet à l’adresse de tout l’auditoire :

«  Moi, Oncle Xi,  descendant du Grand Timonier,

Vous recommande d’observer 

Avec la plus grande attention

La maladie dont est porteur ce pigeon.

Il s’agit d’une infection virale nouvelle

Qui provoque une tuerie parmi nos tourterelles

Le risque de pandémie 

Est désormais admis. »

A ces mots le Faucon fronce le sourcil 

Redresse sa calotte et poursuit :

«  Amis élus de la nation, notre tâche est de baisser

Les allocations du chômage et des retraites,

Allons-nous accepter de nous laisser dicter

Un ajournement de notre mission

Par la seule menace du Dragon ? 

A Dieu ne plaise !

Que l’on place ce pigeon en quarantaine

Et que l’on fasse adopter notre décret

Sans délai, sans peine

Par la grâce de l’article 49-3,

Qui nous épargnera d’inutiles débats.

Puis nous organiserons des élections

Selon le calendrier déjà fixé. »

Ainsi fut fait, la Buse, en charge de la Santé

Piaula à la TV que le virus chinois 

N’atteindrait en aucun cas la société

Des Oiseaux et serait contenue

Par frontières et lois.

Mais le pigeon -ramier décéda,

D’autres bientôt lui emboîtèrent le pas

La pandémie fit rage,

Menaçait l’Hôpital d’un naufrage 

Dans les Ehpad les oiseaux mourraient par milliers

 

Des voix s’élevèrent au plus fort de l’orage

On vit fleurir les pronostics les plus variés.

Ce fut d’abord le Préfet de Paris, 

Adepte de l’Union Sacrée,

Qui sous sa couronne de lauriers flétris

 Accusa les passereaux étourdis

De leur état, partant de leur propre trépas ,

De n’avoir pas respecté l’interdit

De se joindre aux nuées d’étourneaux

De voleter ça et là de danser dans le ciel

Sans masque sans gants sans gel

Et d’organiser des rassemblements criminels.

Ces paroles soulevèrent un tollé,

Le Milan fut contraint de les retirer.

D’autres Pies crièrent au complot

Le virus était une création ex nihilo 

« Est-ce vraiment un hasard qu’un laboratoire 

De recherche soit situé juste 

à côté du centre de l’épidémie? ,

Coucounait une Bécassine avertie,

Qui tenait son avis pour seule théorie

Et la science pour le repaire du silence,

Et bouvreuils d’applaudir en signe de connivence.

Puis on vit un Corbeau prédicateur

Qui prêchait en qualité de pasteur,

Tendre l’index à sa paroisse :

«  Chères Oies, chers Moineaux, croassait-il , 

à n’en pas douter le covid-19 nous a été envoyé 
par le Divin en punition de tous nos péchés. « 

Il surgit enfin sur la scène médiatique

 Un Paon, sorti de la Méditerranée.

Il se vantait d’avoir trouvé

Le moyen thérapeutique 

De guérir les malades infectés

Lustrant ses longues plumes ocellées 

 Levant haut son aigrette 

Il battit tambour et fit du boniment

Pour son orviétan, séance tenant,

Se vantant qu’en prescrivant sa pilule,

La molécule d’ hydroxy chloroquine

L’épidémie serait « fin de partie » ,

Comme dans les poubelles de Beckett.

Ce fut comme un miracle !

Bientôt une secte idolâtre 

Le porta aux pinacles

Jurant qu’il marchait sur les eaux

Guérissait et rendait des oracles

En un mot qu’ ‘il était l’ Oiseau 

Tant attendu le Paon Providentiel.

Tant et si bien qu’aux portes de son CHU

S’écoula un flux ininterrompu,

De patients zélés convaincus

Qui attendaient, au mépris du danger,

De se faire administrer le précieux cachet.

Un merle moqua le charlatan 

ce gourou si fier de son talisman

Des chercheurs modérèrent

Le recours au médicament

Arguant qu’ il fallait un essai placebo 

Qu’un essai in vitro ne valait in vivo.

La polémique refit rage enfla souffla

Rougit cinq colonnes à la une

« C’est un crime d’état, savamment orchestré

Criaient les premiers «, indignés que l’usage

Du sésame magique soit freiné,

Tant de vies sont sauvées,

Trop de tergiversations tue la Raison

Nous sommes dans le temps de l'urgence « 

 Cette potion peut être poison, rétorquaient les seconds

C’est une question d’éthique

Et plus d’une clinique mirent fin à cette thérapeutique

Après trois arrêts du coeur

Effets imprévus de la divine liqueur

Le jour vint où le vaccin survint

La chloroquine parut mesquine 

Le caducée ailé reconquit ses lauriers 

Les serpents furent réconciliés

Pour le plus grand profit des officines

 

Barbara Bordes

.....Est-ce que tu as les respirations de Dante, est-ce que tu en as les gènes ? Quelle verve, quel entrain, quelle capacité ! La fougue échappée et fertilisée par les laves d' un volcan d' où sont cueillis les délices et les extases qui font les vins d' Italie. Je lis Bordes, je cligne des yeux, je lis Dante, je cligne une deuxième fois, je lis Bordes, je cligne encore, je lis Dante... c' est Bordes, c' est Dante ... Vous vous croisez, vous vous amusez, vous vous inversez, de l' un de l' autre, peu m' importe, de toutes les façons vous êtes merveilleux tous les deux.

Publié le 16 Avril 2020

Ce texte colle parfaitement à l’actualité. Je ne m’y connais pas du tout en poésie, aussi je ne peux pas donner un avis sur la construction de celui-ci. Mais ce texte je l’aime beaucoup il est bien tourné et si juste. Bravo !

Publié le 15 Avril 2020