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Du 07 mai 2020
au 07 mai 2020

Warda

Quand la peur saisit ceux qui soignent, et que le doute plane. Un texte simple, dépouillé, touchant, d'une grande humanité. Une réponse à l'appel à l'écriture de monBestSeller : Ecoutez le silence.
Alger videAlger vide

20 mars 2020 au soir, j’allume la télé.  Je suis aux aguets de la moindre information sur la suite des évènements car un homme venant d’Italie pour une visite familiale  a été déclaré positif au Covid-19. Cet homme avait  assisté à une fête de mariage et, chez-nous, ce type de fêtes représente un rassemblement grandeur nature de voisins, proches, moins proches venus des quatre coins du pays. Immédiatement, sa ville entière est placée en quarantaine dans le pays, déclarée ce soir, en état d’alerte maximum.

Les gens doivent se confiner chez eux à l’exception de quelques catégories socio-professionnelles. J’en fais partie. Ce matin, je quitte la maison, le cœur serré, pour aller à mon travail emportant avec moi comme seul réconfort  les prières de mes parents.  La ville est silencieuse, d’un silence criant. Commerces fermés, administrations, rues désertes, regards des quelques passants effrayés, atmosphère apocalyptique.

J’arrive à la polyclinique, j’enfile toutes les protections possibles, car j’ai peur. La même peur se lit aisément sur le visage de mes collègues retenus pour travailler. Je commence à recevoir mes  patientes pour leur suivi gynécologique habituel. Elles aussi sont  bouleversées par ce qu’il se passe dans ce monde. Moins de mots que d’habitude, les visites sont écourtées, tout le monde est habité par le souci de rentrer chez lui au plus vite, comme si l’on prenait part à une  partie de cache-cache, avec le virus. En sortant de mon cabinet, le bruit de leurs tendres prières pour moi, la sage femme qui est rentrée dans leurs vies pour quelques mois, résonne comme un tonnerre au milieu d’une nuit paisible.

Ma journée terminée, mes pas s’alourdissent sur les trottoirs vides de ma ville. Je devais les presser, heureuse d’en avoir fini avec cette première journée à risques majeurs. Mais je sais que je vais retrouver mes pauvres parents qui sont classés dans la tranche d’âge vulnérable à la maladie. Depuis que je suis rentrée dans le monde des adultes, j’ai  œuvré à  les aider, les aimer, les protéger mais aujourd’hui, je me mure dans le silence de mon épouvante ; et si c’est moi qui les précipitais dans l’abîme.

Naïma GUERMAH

@Naïma GUERMAH, très bonne analyse du ressenti de la peur d'un personnel soignant dans la situation particulière d'habiter dans une ville placée en quarantaine pour un risque majeur de contamination, et de faire partie des quelques catégories socio-professionnelles devant par obligation déroger au confinement.
La peur pour elle, pour ses collègues, pour ses patientes, aussi celle de ses parents dans la tranche vulnérable et qu'elle pourrait donc contaminer.
C'est juste, précis, concis, et tout est bien résumé dans l'introduction de mBS qu'il est donc inutile de paraphraser.
Merci pour votre récit, Naïma, pour la description réaliste autant que la qualité de rédaction.
Si vous ne l'avez pas encore fait, lancez-vous dans l'écriture.
Avec ma plus vive sympathie. MC

Publié le 08 Mai 2020