Interview
Du 07 mai 2020
au 07 mai 2020

– Sous le ciel de Paris

Pierre Foucault possède un talent particulier pour dire que notre époque est un temps révolu. Un texte léger pour un propos grave. Une réponse à l'appel à l'écriture monBestSeller : Ecoutez le silence.
Sous le ciel de ParisSous le ciel de Paris

Je marchais tranquillement sur le balcon de mon appartement, face au plateau du Lévézou, en contemplant le paysage et en laissant mon esprit vagabonder à la vue des rares passants qui se promenaient dans les alentours. Aucun avion ne venait altérer la pureté du ciel bleu que seuls quelques nuages cotonneux osaient perturber.

 

Dans mes oreilles, la gouaille de la chanteuse Zaz m’invitait à la rêverie : 

« Sous le ciel de Paris s’envole une chanson, hum, hum, elle est née d’aujourd’hui dans le cœur d’un garçon… » 

Mon pas s’était réglé au rythme de l’accordéon. Doucement, l’osmose se réalisait et les images se mirent à défiler dans ma tête. 

 

Je me souvenais de ma jeunesse passée dans la capitale, les quais de la Seine, les bouquinistes et le marché aux fleurs, le guignol du jardin du Luxembourg et les bateaux que des enfants faisaient glisser au rythme du vent sur l’eau de la fontaine. Je revoyais ma mère, assise sur un banc, surveillant d’un œil attentif nos faits et gestes. Nous avions dix ans et nos culottes courtes laissaient voir nos genoux écorchés par les graviers du jardin. 

 

Et Zaz se remit à chanter à un rythme plus soutenu qui me fit accélérer le pas : 

« Donnez-moi une suite au Ritz, je n'en veux pas! Des bijoux de chez Chanel, je n'en veux pas! … Je veux d'l'amour, d'la joie, de la bonne humeur. Ce n'est pas votre argent qui f'ra mon bonheur… ».

Toutes ces valeurs qui paraissent si évidentes aujourd’hui et qu’on avait oubliées. C’était pourtant si simple. Après quoi avais-je couru toute ma vie ? Était-ce le besoin de sécurité que nos pères avaient appris durant les années de guerre ? Était-ce cette société consumériste qui nous poussait à en vouloir toujours plus ? Je me posais ces questions, il y en avait tellement. Était-on passé à côté de l’essentiel ? 

 

Puis Zaz m’entraîna à la suite de Piaf et de Chevalier dans la rue des Martyrs et au passage Lepic. Je revoyais l’image du café des deux moulins qu’Amélie Poulain avait rendu célèbre au cinéma. Puis les escaliers de Montmartre me conduisirent, essoufflé mais heureux, jusqu’au Sacré-Cœur où je pouvais contempler les toits de zinc et d’ardoises de Paris.  Sur la place du Tertre, les peintres proposaient aux chalands de leur faire leur portrait.

C’est dans la rue Lamarck que la tante Louise habitait. Elle venait séjourner parfois chez nous et je l’entendais encore pester contre « ces portemanteaux à la con » de la salle de bains de notre petit appartement.

 

Quand la musique s’arrêta, je rouvris les yeux sur le monde en face de moi. Les toits d’ardoise ou de lauze du village du Monastère remplaçaient les toits de Paris et les éoliennes se substituaient à la tour Eiffel.

 

En descendant du tapis de marche sur lequel je m’étais promené, j’eus une pensée pour Zaz que je remerciais de m’avoir emmené dans le plus profond de ma mémoire et dans le Paris de ma jeunesse.

 

Demain, c’était juré, j’irai faire un tour sur l’Ile d’Orléans avec Felix Leclerc qui deviendra pour une après-midi mon guide dans un nouveau périple en chansons.

 

Pierre Foucault 

@Pierre Foucault

Publié le 09 Mai 2020

Encore un aspect de "Ecoutez le silence" qui fait plaisir à ceux qui ont plus de vingt ans.

Merci pour ce moment de nostalgie, @Pierre Foucault. Il faut savoir écouter, il faut aussi savoir rêver. Le confinement est sans doute l'occasion de se livrer à de tels moments où le stress est le grand absent.

Publié le 08 Mai 2020