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Du 29 oct 2021
au 29 oct 2021

Rencontre avec un dinosaure

Quand une rencontre est souhaitée, rêvée de manière obsessive, organisée, orchestrée... Que se passe-t'il quand elle se réalise ? Ecoutons Fabricio qui en fait sa nouvelle pour l'appel à l'écriture monBestSeller "Rencontre(s)"
La nouvelle de Fabricio pour l'appel à l'écriture monBestSellerLa nouvelle de Fabricio pour l'appel à l'écriture monBestSeller

- Alors ?...

Il est devant moi, grand comme je l’imaginais. Imposant comme je l’imaginais. Spectaculaire dans ses gestes, sa posture, son éloquence - comme je l’ai toujours imaginé. Il est tout ça.
Tout ça et plus encore, avec cette espèce de karma qui l’entoure, et qui fait que vous n’êtes rien-vous qu’une simple personne admirative qui angoisse et reste stoïque face à cette imposante posture qui se dresse-impériale - même assis. Assis comme un dinosaure, la serviette au cou prêt à vous manger en un seul morceau, en une seule petite bouchée qui ne ferait de vous que son entrée. Gerard me regarde, me fixe.

Gerard s’impatiente, claque la carte de ses deux grandes mains magistrales sur la table luxueusement dressée pour nous :

- Alors-quoi bonhomme, t’as rien à dire ?! …

Sa voix. Juste sa voix me transperce les oreilles, les tympans - non seulement - mais c’est tout mon corps qui se sent perturbé et se fige sur ma chaise de restaurant - là où nous avons rendez-vous - pour un tête-à-tête qui, pour moi, était comme indispensable, mais aussi impensable, plus qu’exclusif : intrusif.

Quand la chose fut confirmée, je n’en croyais pas mes oreilles… encore elles. C’était inespéré. J’avais fait le tout Paris, frappé à toutes les portes de son producteur, de ses meilleurs amis. J’avais épluché tous les magazines People, surveillé tous les endroits à la mode qu’il fréquentait ; fait le gué à chacune de ses propriétés où il était susceptible de se trouver - Avant d’abandonner. Bon gré mal gré, pour enfin entériner mon projet dans les oubliettes du deuil déjà bien rempli de mon cerveau déluré, je me suis payé le luxe d’une cuite au bar du palace Parisien où il avait encore diné, il y a peu. 
Et peu pressé de retrouver mes terres natales pas loin dans le Nord, dans l’Aisne, dans mon trou perdu, mon petit trou chaleureux de Saint-Quentin, que j’aime, même si la vie a l’air si trépidante-ici, dans cette stupéfiante capitale que je venais de parcourir dans tous les sens, je bois. Je bois assis-là au comptoir totalement épuisé, j’ai pris un de ces vins d’Anjou qu’il adore, bon enfant, floral, jeune, équilibré avec une pointe d’acidité qui lui ressemble, j’y mettais le nez dans ce verre comme il faisait du sien.
Dans cette singulière soirée au bout d’une énième gorgée bien tassée, je commence à l’imiter de ses frasques célèbres et inégalées « On n’est pas bien-là… », à faire rire le barman et même le maître d’hôtel qui ensuite écoute mon aventure au destin funeste…

Puis, c’est la surprise, l’inattendue. La fin de mon aventure connait un rebondissement extraordinaire digne de l’un de ses films comme la valseuse d’un fugitif en tenue de soirée, sur un malentendu diront certains… Je peux avoir mal compris, mais non : il me propose de le voir, demain. De rappliquer au service du midi et lui-le Maitre d’hôtel verra ce qu’il peut faire. J’hésite. Mes pensées sont troublées. Cela en vaut-il vraiment la peine ?
Après tout c’est peut-être juste une dernière estocade à la Cyrano qui risque-plus de me briser que de terminer en beauté mon excursion. Mais je ne peux pas refuser. J’y vais. Je suis actuellement face à lui, ce monstre du cinéma français, que j’ai voulu absolument rencontrer après avoir vu disparaitre tant de noms sur mon petit écran télévisé et qui comme lui m’ont tant fait rêver : Bebel et bien d’autres …

- Ecoute mon p’tit, me dit-il avec le coude sur la table pointant vers moi son index à deux centimètres de mon nez qui ne représentait pas-et de loin un pic, ni un cap, ni même une péninsule. Si tu restes comme-ça sans rien dire durant tout mon déjeuner, tu risques de me couper l’appétit… Alors, soit tu me laisses savourer leur plat-du-jour seul … soit tu te mets à remuer ta langue pour me dire quelque chose ou pour manger, bonhomme. Compris ?...

Nous avons mangé.

 

Fabricio Baby Writer

@Delpopolo Antonia OUAH! Des mots qui me rappelent mon job de chef de cuisine ! merci Antonia. J'adorerai moi aussi monter une pièce de théâtre. Merci encore de vos jolis mots qui me touche fort et donne force. Merci Antonia.

Publié le 01 Novembre 2021

@Fabricio
Quel beau texte ! et qui m'a rappelé un souvenir personnel. Moi, pétrifiée devant le grand Laurent Terzieff, lui tendant ma pièce de théâtre sans pouvoir dire un mot. Et lui qui l'a prise gentiment en essayant de me rassurer. En vain! Quelle belle écriture vous avez et quelle émouvante histoire vous savez nous raconter. Vous nous avez servi une savoureuse nouvelle et ce fût un réel délice de la déguster!

Publié le 01 Novembre 2021

Chanelle75 votre commentaire me touche, vous vous êtes vraiment appropriée le texte comme je l'imaginais pour mes lecteurs. Ce moment où l'on reste sidéré face à ce que l'on vit. Moi qui ai rencontré différente stars dans mon job précédent, rarement j'ai eu un échange passionnant avec ceux-ci, pourtant ce n'était pas l'envie qui me manquait - mais les mots ! comme je dit précédemment. C'est aussi une réflexion qui voudrait prétendre qu'il vaut mieux respecter l'inaccessible et la vie privé de son idole. La suite c'est à vous de l'imaginer simplement, je peu juste vous faire un aveu... cette aventure je comptais bien la faire ... et en faire un livre ! Mais voilà je pense que la fin, aurait très certainement ressemblé à ceci.
Merci encore Channelle. J'ai eu des frissons à vous lire. Merci.

Publié le 31 Octobre 2021

Merci @Ernesto Férié3 de votre commentaire, il y a des dinosaures sympathiques, regardez juste l'image qui va avec le texte ; de plus Gérard Depardieu n'a jamais fait l'unanimité et c'est bien pour cela que moi je le trouve sympathique, avec l'immense talent d'acteur qu'on lui connaît. un texte qui ne fait pas l'unanimité est pour moi bon signe: s'il partage c'est qu'il partage ! Enfin vous savez, moi par exemple j'aime écrire, car bien des fois je me retrouve dans des situations ou je cherche mes mots dans l'action et ... c'est bien après que ceux-ci et les bons mots me viennent en tête. Mais je comprend votre réflexion, en même temps elle fait parti de la nouvelle et dans une nouvelle on ne dévoile pas tout on va à l'essentiel ; c'est l'essence même, le plaisir d'imaginer certain points voir même la suite fait partie du plaisir post-personnel.
Encore merci Ernesto.

Publié le 31 Octobre 2021

Magnifique!
Qui n'a pas un jour, été paralysé par la peur, (qui n'est autre que du désir).
Qui n'a pas eu la sensation d'être une souris face à un géant tel un nourrisson face a son père qui aurait tout pouvoir de vie ou de mort sur lui.
La fin est réaliste et extraordinaire "Nous avons mangé" et oui je comprends tellement cet instant magique perçant stressant qui nous rend comme invisible.
Cest alors qu'on entend le bruit des fourchettes et des couteaux et que l'on écoute le silence..
J'espère qu'un jour nous saurons la suite de cette fabuleuse rencontre
Merci pour ce bref et intense moment de lecture
Bien à vous
Chanelle75

Publié le 31 Octobre 2021