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Du 16 déc 2021
au 16 déc 2021

ALLEGORIE

Les fleurs et les plantes ont elles aussi droit à leurs rencontres, leurs histoires d'amour, leurs compassions, leurs souffrances et leurs sentiments. Jane-Mary PREMEL, une merveilleuse plante raconte son amitié amoureuse avec dahlia jusqu'à leur lit de mort.
Une rencontre avec un dahlia pour l'appel à l'écriture monBestSellerUne rencontre avec un dahlia pour l'appel à l'écriture monBestSeller

Je l’ai rencontré dans ce carré de jardin où je fus déposée un matin de printemps dans un berceau de mousse.
Dès que je le vis, tout, autour de moi s’éteignit, même le soleil, je ne voyais que lui, un beau dahlia qui semblait m’attendre.
Toujours tournée vers lui, je profitais du vent pour attirer son attention, effleurant ses pétales flamboyants.
Tout ce qui se passait autour de moi, m’indifférait, mes amies et même le chant des oiseaux, ne pouvaient me distraire de mon extase à le boire des yeux.
Avant de le rencontrer, je m’amusais avec mes amies à découvrir des formes d’animaux dans les nuages et nous riions lorsqu’ils se déformaient.

Puis arrivées sans encombre à la fin du printemps, avec toutes nos promesses exaucées, le soleil autour de nous, mon dahlia immense m’abritait les jours de pluie, me retenait ceux de grand vent.
Je priais pour que le vent ne s’arrêtât jamais. Nous mélangions nos feuilles et nous semblions si heureux à danser des heures durant.
Mais dans l’été, une main funeste m’éloigna et je fus remplacée par une rose. Je les voyais jouer et frémir dans de longs frissons lumineux qui m’aveuglaient de larmes.
Ma peine fut d’autant plus grande quand je le vis dispenser de plus tendres attentions qu’à moi, naguère.
Capricieuse, l’air fâché, la rose utilisait ses épines, plus que de raison et le griffait. Ses larges feuilles rouillaient sous les plaies.
Il était humble devant elle, acceptant toutes ses lubies. Sa tête penchait dangereusement sous le chagrin. Il se tournait parfois vers moi mais si rarement.
Cela me rendait heureuse et je reprenais espoir.
Je lui faisais alors, un petit signe d’un pétale délavé et grisé par le chagrin auquel il ne répondait pas, ce qui me broyait le cœur.
De longue, le regard posé sur sa tête couronnée de feu, j’ignorais la vie autour de moi, toujours plongée dans cet espoir insensé de retourner près de lui.
L’automne arriva. Je retenais tant bien que mal les feuilles de l’orme qui tombaient autour pour me protéger des pluies violentes qui me glaçaient. Je voyais chaque jour mon beau dahlia toujours de feu, revêtu, m’oublier peu à peu.
Je priais le vent pour qu’il tourne la tête vers moi. Mais insouciant, il soufflait n’importe comment et souvent c’est la rose qui en profitait car tous deux s’enlaçaient et la douleur me lacérait.
Puis un matin, sa parure fut arrachée et boudeuse, elle essayait de cacher un moignon déplumé, ridicule.
Et cela ne me réjouissait même pas.
Le soleil tapait dur et j’avais souvent soif. Je m’étiolais à ne vivre que d’attente.
Moins fringant qu’au printemps, il se courbait avec le temps mais peu importait, mon sentiment pour lui était toujours aussi violent.
J’attendais un signe, un regard de sa part, mais la tête penchée, il ne me voyait pas.
Nous étions en automne et même proches de l’hiver. Une rafale de vent poussa un soir, autour de moi, une brassée de feuilles de l’orme voisin. La nuit glaciale me mordait. Engourdie et angoissée, au matin, j’entendis venir les jardiniers.
Les rosiers étaient déjà taillés. Terrifiée, je compris que c’était la fin, j’allais être séparée à jamais de mon dahlia. Affolée, je le cherchais des yeux et ne le trouvais pas.
Je sentais la vie s’échapper et restais somnolente, les membres desséchés. Il y eut un coup de gel et je m’évanouis.
Quand je repris mes sens, je reconnus le bruit de l’engin qui régulièrement emportait les mauvaises herbes que l’on jetait dans un énorme récipient de métal. Je frémis car j’allais être ensevelie là, moi aussi.
Je fermai les yeux, prête à l’issue fatale quand une odeur longtemps oubliée, ressurgit et me rappela le printemps.
Mon beau dahlia était là allongé à mes côtés. Je dépliai avec douleur une feuille racornie et la posai sur son cœur qui battait faiblement. Il approcha sa tête encore flamboyante. J’étais si heureuse de le retrouver. La neige pouvait nous ensevelir.
Je sentis alors qu’une main nous soulevait ensemble avec douceur. Puis nous fûmes plongés dans un vase, ainsi unis à jamais.

@Jane-Mary PREMEL
Un texte poétique où l'amour finit toujours par triompher.

Publié le 31 Décembre 2021

@Jane-Mary Premel
Une histoire d'amour des plus époustouflantes. On ressent l'intensité des émotions d'une fleur amoureuse. J'ai adoré ce texte!

Publié le 28 Décembre 2021

bonjour@LE JEUNE Merci beaucoup ! Je suis une grande curieuse de savoir. Oui, finalement, j'ai fait des recherches après et j'ai trouvé qu'il s'agissait d'une expression peu usitée. Oui, ce texte est beau et je suis étonnée (en réalité pas plus que ça) qu'il ne soit pas davantage commenté. Et je pense, et j'espère, que son auteure n'est pas au courant de sa publication. Bien cordialement. Fanny

Publié le 23 Décembre 2021

@Fanny dumond, c'est il me semble une expression peu usité ^^
.
Pour revenir a ce "conte", écrit avec amour, angoisse, jalousie, bref, beaucoup de sentiment humain. Avec ce qui pourrait être le fait des végétaux car rien ne prouve son contraire.
Superbe réflexion ou la méditation est offerte comme on offre une fleur...

Publié le 23 Décembre 2021

@Jane-Mary PREMEL
Superbe histoire d'amour qui se déploie sous nos yeux, de son éclosion à sa mort, en passant par les cases passion, jalousie, oubli, regrets, une vie amoureuse résumée en quatre saisons. Sous couvert de fleurs c'est un coeur humain qui bat et souffre jusqu'à l'union dans la mort ultime qui réunit les amants.
MS

Publié le 19 Décembre 2021

Il y a de l'idée dans cet anthropomorphisme, mais il manque quelques indices pour savoir qui est cette amoureuse à sens unique. Je n'ai pas compris " de longue ". Est-ce une expression ou un oubli de mots ? Cordialement. Fanny la jardinière

Publié le 18 Décembre 2021