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Du 20 avr 2020
au 20 avr 2020

– Moi Celmar Steprout –

Le facétieux Celmar Steprout, alias Boris Phillips, conte la souffrance des campagnards face au Corona virus. Ce n'est pas parce que la vie change apparemment moins à la campagne pendant ces périodes troublées qu'elle en est plus facile, alors vous les habitants masqués des villes, pensez aussi à nos destins
Nou , rats des champs, sommes protégés par l’égoïsme autarcique de la vie rurale ! Nous, rats des champs, sommes protégés par l’égoïsme autarcique de la vie rurale !

Moi Celmar Steprout

Moi Celmar Steprout, écrivaillon cachant depuis une décennie son évidente absence de talent dans la vacuité du Loir et Cher, déclare ce jour prendre ma plus belle plume afin de soutenir les citadins dans leur calvaire.

Où que se tourne mon regard depuis le début du confinement, il trouve votre enchantement à découvrir le gazouillis mélodieux des oiseaux, le bruissement soyeux du vent dans les ramures. Hélas aussi, l’angoisse incommensurable de vos yeux plongeant dans la désolation d’avenues désertées. Les indicibles affres de terreur induites par les nuits privées du brouhaha de foules festives. La poignante épouvante causée par les échos des pas subreptices de la Grande Faucheuse.

Comment trouver les mots pour vous consoler alors que vous cheminez sans espoir vers le sommet de cette via dolorosa ? Je crains de ne pas y parvenir tant, nous autres rats des champs, sommes – et depuis si longtemps –  protégés par l’égoïsme autarcique de la vie rurale ! 

*

Pourtant, lorsque vous souffrez nous souffrons, nous peinons dans des liens semblables aux vôtres… Est-ce une question d’échelle ?

Nous n’avons pas à nous ébahir des bruits engendrés par la nature, ni du son lointain d’un tracteur. Ils nous étaient depuis longtemps familiers… nous ne faisons que les percevoir avec plus d’acuité maintenant que la circulation automobile est réduite à un presque néant. 

Le matou qui paresse avec nonchalance, l’oiseau qui se perche sur une branche, le chevreuil qui s’aventure à l’orée d’un lotissement pavillonnaire… étaient déjà de vieux complices.

Le centre bourg vidé de présence humaine est une vue de l’esprit… il y avait déjà si peu de monde "avant".

La file d’attente devant la boulangerie n’est pas comparable aux queues enregistrées pendant la période noire de l’Occupation à Paris, ni à celles du Moscou de l’ère communiste.

Le petit resto des bouffes entre copains, le troquet de l’apéro du dimanche avec les vieux… il faut se faire une raison en passant devant les rideaux de fer baissés : c’est de la roupie de sansonnet à côté de la fermeture des boîtes de nuit et des tables gastronomiques des métropoles.

Et puis il faut le dire, la Camarde on en rigole. C’est le cœur léger qu’on aborde la rubrique nécrologique de la "Nouvelle République"… y trouvant parfois un nom connu, on se contente de hausser les épaules en se disant « ça fait un planqué de bouseux de moins »

*

Alors moi Celmar Steprout je vous adresse une fervente prière, habitants masqués des villes.

Quand l’ordalie de l’épidémie ne sera plus qu’un mauvais souvenir que la vie et la normalité des rapports sociaux auront repris leurs droits. Si vous jugez les campagnards indignes de votre pardon pour n’avoir pas été à la hauteur de vos afflictions et doutes en juste vivant ou survivant, dîtes un seul mot et nous en deviendrons dignes… après tout nous aurons vécu la réclusion dans une solitude égale à la vôtre.

 

 

 

@Boris Philipps
Joli texte, subtil , habile.
Merci

Publié le 24 Avril 2020

Ah ah @lamish ! Il te reste à apprendre le verlan. Mais je vois que tu regardais toi aussi "Les cinq dernières minutes" où le commissaire Bourrel prononçait cette fameuse phrase (la même qui avait permis à Claire de trouver la solution pour contacter Eric...). Je t'embrasse.

Publié le 22 Avril 2020

@Boris Phillips,
Ah, sacré Boris, alias "Marcel Proust" non sans talent malgré la vacuité du Loir et Cher, il n'y avait que toi pour nous sortir ce pamphlet pour soutenir les citadins dans leur calvaire pendant le confinement.
C'est astucieux d'amener le sujet sur le silence en opposant les conséquences de la réclusion pour les citadins d'une part, cheminant "sans espoir vers le sommet de cette via dolorosa" où les attend la Grande Faucheuse, et pour le peuple des campagnes d'autre part, "rats des champs depuis longtemps protégés par l’égoïsme autarcique de la vie rurale", lequel aborde la rubrique nécrologique le coeur léger, haussant seulement les épaules lorsqu'un planqué de moins a l'honneur d'y figurer.
Les deux auront vécu la réclusion avec la même solitude... mais c'est une question d'échelle.
Tu as dû cogiter un moment (en rigolant j'imagine) pour nous pondre cette version réservée aux esprits facétieux. Amitiés. MC

Publié le 22 Avril 2020

Voila un texte profond qui est accessible qu'à celui qui veut en comprendre le sens qu'il désire. Regarder un tableau dans tout les sens pour savoir quel message il envoie , c'est une beauté de l'art parmi tant d'autres.

Publié le 22 Avril 2020