Interview
Le 28 jui 2021

Nuit Noire

Excitation, précipitation, anxiété, interprétation, sur-réaction. La nuit de noces nous conditionne pour le meilleur... croit-on. Mais le pire est aux aguets. La réponse de Jehann Verlak à l'appel à l'écriture monBestSeller sur le thème de Nuit de noces
Une réponse à l'appel à l'écriture  monBestSeller : Nuit noireUne réponse à l'appel à l'écriture monBestSeller : Nuit noire

Les préparatifs : exténuants…

La cérémonie : interminable…

Le repas : liquide…

La soirée : brumeuse…

La nuit de noces… Ah… La nuit de noces ! Comment dire ?

Je connaissais déjà chaque recoin de son corps, chacune de ses préférences, et même la plupart de ses fantasmes. Et inversement. Aucune surprise à attendre de ce côté-là. Mais la nuit de noces est un moment spécial. La plupart des gens ne vivent ça qu’une fois dans leur vie. Je tenais à ce que la mienne soit mémorable, raison pour laquelle, quand je sentis que la soirée se lassait à mesure que les pas des danseurs s’alourdissaient et que les dernières bouteilles de Champagne se tarissaient, je m’éclipsai discrètement pour aller m’apprêter.

Toilette rapide du visage, maquillage, parfum (son préféré), toilette intime appliquée, parfum (le même), escamotage de la culotte… A peine cinq minutes et j’étais fin prête. Mis en condition par ces préparatifs, mon corps anticipait les assauts à venir. Mes seins durcis pointaient sous le fin tissu de ma robe, tandis que mon bas ventre s’éveillait et qu’une douce moiteur s‘immisçait entre mes cuisses. Réprimant une furieuse envie de me caresser ici même face à ce complaisant miroir, je remballai à la hâte mon petit matériel de toilette et me mis à la recherche de mon époux tout neuf.

La dernière fois que je l’avais croisé, il était partagé entre ses infatigables potes de fac et mes parents, sans doute occupés, les connaissant, à lui rappeler l’ampleur du sacrifice auquel ils consentaient en lui transférant la responsabilité du bonheur de leur fille unique mais néanmoins préférée. Un verre à moitié plein dans chaque main, dansant d’un pied sur l’autre avec le même air intéressé que quand je lui parle de mes premières vacances à Quiberon, il m’avait lancé son regard à la fois désespéré et amusé. Tout allait bien…

J’arrivai dans la salle pour constater que mes parents s’étaient éclipsés et que les potes de fac avaient colonisé un coin sombre en compagnie d’un fond de Champagne et d’un joint démesuré. L’objet de mon désir, lui, avait disparu. L’un des fumeurs se leva péniblement en m’apercevant et chancela jusqu’à moi. Après un clin d’œil pas assez salace pour refroidir mes ardeurs, il me fit comprendre que Monsieur avait fait ses adieux à l’assemblée et rejoint nos appartements.

Mon imagination s’enflamma, immédiatement imitée par mes sens aux aguets. Réprimant mon envie de courir, je me dirigeai vers l’ascenseur en faisant de petits signes aux derniers convives.

Puis j’arrivai devant la porte de notre chambre, restée entrouverte. Machinalement, je rajustai ma robe, ma coiffure, ma poitrine…

La pièce était plongée dans la pénombre. Au creux de mes reins, l’onde de désir enflait, prête à se muer en raz de marée. J’entrai sur la pointe des pieds, tentant d’imaginer la surprise qu’il m’avait réservée, lorsque je remarquai les bruits, à peine perceptibles. Un léger froissement de tissu. Un souffle. Non… Deux ! Qui tentaient de se synchroniser… Tu parles d’une surprise !

Retenant ma respiration, je tendis l’oreille pour me persuader que je me trompais.

Les respirations s’accéléraient. Il ne pouvait y avoir aucun doute. La fureur remplaça instantanément l’onde de désir. Me précipitant vers la porte, je trouvai un interrupteur. Sur le lit, comme je l’avais deviné, deux corps à moitié recouverts d’un drap. Surprise, la femme qui chevauchait mon mari tourna la tête.

Horreur !

« Maman !?! »

Lui restait pudiquement caché sous le drap. Tiraillée entre l’envie de meurtre et le besoin de m’évanouir, je me jetai sur le couple, indistinctement, griffant, mordant, arrachant cheveux et lambeaux de peau, au milieu des cris, les miens, les leurs…

On me tirait en arrière, me criait dans les oreilles d’arrêter. Une forte poigne. Une voix familière. Je finis par lâcher prise, épuisée, anéantie.

La voix…

Lentement, hébétée, je tournai la tête. « Ciel ! Mon mari ! », aurais-je dû m’écrier.

Alors de sous le drap émergea un visage ensanglanté.

« Chérie, tu t’es trompée de chambre », me dirent en chœur mon père et mon mari.

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La chute est très très originale! Merci!

Publié le 13 Septembre 2021

@lamish, @Martine PLATARETS, @Michel CANAL, @Vegas sur sarthe Mes excuses pour cette réponse tardive : j'ignorais que ma nouvelle avait été publiée. Et merci beaucoup pour vos commentaires, heureux que vous ayez apprécié ce petit moment de solitude :) Pour ma part, je trouve que la dernière phrase peut sembler quelque peu ambiguë. Je l'ai légèrement modifiée pour la prochaine version.
Puisque vous avez aimé, n'hésitez pas à jeter un œil à Dérives, mon premier recueil de nouvelles (https://www.monbestseller.com/manuscrit/15020-derives), et à me faire part de vos impressions.
Amicalement,
Jehann

Publié le 31 Août 2021

On s'attend à tout sauf à ça ! Merci @Jehann Verlack pour cette nuit de noces aux antipodes du classique

Publié le 30 Juillet 2021

Encore une nuit de noces atypique qui m'a bien fait rire. Elle est plaisante à lire, bien amenée... et ! Surprise... que je ne dévoilerai pas. Mais comme l'ont exprimé @lamish et @Martine PLATARETS, une chute comme on les aime.
Alors, merci infiniment, @Jehann Verlak, pour votre participation à ce thème et pour ce bon moment.
Avec toute ma sympathie. MC

Publié le 30 Juillet 2021

@Jehan Verlack. Un grand merci. J'adore la fin, j'ai toujours aimé les chutes inattendues. Bravo . Amicalement;
Martine.

Publié le 30 Juillet 2021