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Le 04 jui 2022

Rapprochement Hachette-Editis : quel avenir pour l'édition en France ?

Le grand atout de l'édition en France, c'est la diversité : deux groupes dominants, des petits éditeurs talentueux souvent audacieux, des libraires indépendants, des auteurs variés, une législation unique (le prix fixe du livre). L’artisanat règne. La fusion des deux grands : Editis et Hachette risque de modifier le paysage du livre économiquement, politiquement et culturellement. Et les mentalités aussi
Bolloré-Lagardère : Sois proche de tes amis, et encore plus proche de tes ennemislBolloré-Lagardère : Sois proche de tes amis, et encore plus proche de tes ennemisl
  • Un enjeu économique

La prise de contrôle par Bolloré du groupe Lagardère, et donc de Hachette Livre donne naissance virtuellement au leader de l'édition française, avec dans sa besace Calmann-Lévy Grasset, Stock, Fayard, le Livre de poche, JC Lattès, Larousse, Hatier.  Jusqu'ici, le patron breton détenait le n° 2 du secteur : Editis, via son groupe Vivendi. C'est-à-dire, notamment, Julliard, Robert Laffont, Plon, Perrin, Le Cherche Midi, 10/18, Bordas, Bouquins, la Découverte, Le Robert, Nathan, Pocket,... La fusion des deux entités secoue tout l'univers de l'édition.

Le milieu du livre français est un monde à part. Si les succès conjoncturels de l'année 2021 sont rassérénants, l'équilibre est fragile, c'est un jeu de construction. Retirez un cube et tout peut s’écrouler. Pour preuve : Les 10 meilleures ventes de livres aujourd'hui sont diffusées et distribuées par Hachette et Editis.
Que feront les autres éditeurs dans ce contexte ? Les petits auteurs non encore révélés ? C'est une véritable redistribution des cartes. On s'habitue aux situations dominantes mais qu'en est-il des situations de monopole ?

  • Un enjeu politique

Le poids de ce futur géant de l’édition qui regrouperait le numéro 1 et le numéro 2 du secteur est lourd. Si une fusion des deux groupes d’édition en l’état est à écarter en raison de l’opposition de Bruxelles, nul ne sait quelle forme prendra le nouveau mastodonte voulu par Vincent Bolloré.

Gardera-t-il Hachette et vendra-t-il Editis à une holding, pour ne pas courroucer les autorités de la concurrence qui s’y opposeront sans doute au nom du  monopole commercial ? Ou décidera-t-il de créer une nouvelle entité, en démantelant et en divisant le groupe ? En revendre une partie ? Diffusion et distribution séparées joueront en tout cas un rôle clef.

Enfin, les régulateurs noteront la présence écrasante de Vivendi dans les médias, à travers, la presse (Le Journal du dimanche, Paris Match) la télévision (Canal+, C news et la radio (Europe 1, RFM), Prisma Media. Au-delà de la commercialisation, l’accès au marché du groupe pose un problème général de promotion et de publicité. Quelle sera la légitimité des critiques de livres ?

  • Un enjeu culturel et d’éducation

 « L’édition c'est aussi la diffusion du savoir, la diffusion des idées », a déclaré Françoise Nyssen, ancienne ministre de la culture et patronne d’Actes Sud.
Car oui, on touche à des terrains délicats : le scolaire et le parascolaire.
Ce sont des domaines qui forgeront les générations de demain et donc notre culture...

  • Un enjeu pour les auteurs

Dix écrivains célèbres ont appelé à la mobilisation contre ce conglomérat qui met en danger "la biodiversité littéraire". Ils s'inquiètent de cette nouvelle configuration qui constitue une "menace contre la liberté de création et d’expression".
Mais plus encore, les auteurs sont inquiets de perdre la relation privée avec leurs éditeurs. On sait ou on devine les liens étroits qui se tissent et les dépendances réciproques qu’elles engendrent. Passer de la boutique au centre commercial, c’est une épreuve. Et derrière il y a les contrats…

Mais alors, en quoi la relation auteur-éditeur va-t-elle changer ? La plupart d’entre eux n’ont aucun pouvoir pour peser dans les négociations.
Tandis que pour un auteur de best-seller, le rapport de force avec l’éditeur est bien plus équilibré.
Quand un auteur vend 30.000 exemplaires, il renchérit son pouvoir de négociation.

Guillaume Musso a quitté à grand bruit Editis pour rallier Calmann-Lévy, propriété d’Hachette en 2017. Résultat il se retrouve dans la même boite.
Même les grands peuvent perdre du pouvoir. Plus difficile de faire valoir la concurrence.

Dans l’édition, moins de 20 % des meilleures ventes financent 80 % des livres. En 2021, les dix écrivains qui ont vendu le plus de livres représentent 20 % des ventes en fiction française… et huit d’entre eux sont édités par Editis ou Hachette. La boucle est bouclée.

Mais, et pourquoi pas, on pourrait inverser la proposition. Est-ce virtuellement une chance chance pour Madrigall (groupe Gallimard) et les groupes de petits éditeurs de devenir les seules vraies alternatives ? Car les dinosaures ne sont pas agiles en milieu hostile.
Preuve en est chez Fayard, la nomination récente d'Isabelle Saporta, une proche de Bolloré a fait fuir un grand nombre d'auteurs (la liberté éditoriale serait menacée...).  
La réponse sera à ceux qui prendront des risques appuyés (néanmoins) par ceux qui détiennent les rênes de la distribution et de la diffusion, bien sûr

Bonjour.
Il paraît qu'il y avait l'exception culturelle française : le rideau se déchire ! nous plongeons dans l'industrie du divertissement US avec tous ses dollars, ses paillettes et ses requins. Là, non plus, comme en autre secteur, il n'y a de fusion qui impliquerait égalité, c'est comme le mariage, il y en a toujours un au dessus, non forcément celui auquel on pense ! Que va faire précisément Françoise Nyssen, dont il se raconte qu'elle fut ministresse de la culture.

Publié le 08 Juillet 2022

"rassérénants", merci

Publié le 06 Juillet 2022