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Du 19 jui 2022
au 19 jui 2022

- Au revoir… et merci !

Quand les décisions tardives arrivent à échéance, il est bon de ne pas les précipiter car on pourrait le regretter. Samuel en a fait l'expérience et le facteur temps joue à plein en sa faveur. "Ce n'est pas du tout ce qui était prévu". La participation de Cécile Quétier à l'appel à l'écriture monBestSeller.

Samuel le sait, cette décision va impacter la suite de sa vie. Positivement, il l’espère. Mais après tout, à soixante ans, que risque-t-il ? De pointer à Pôle Emploi pendant quelques mois ? Et après ? Il a déjà des touches pour des missions ponctuelles qui lui rapporteront nettement plus que son minable salaire actuel. Sans ce maudit Covid, il l’aurait fait depuis longtemps. Deux ans de perdus.  Aujourd’hui, plus question de tergiverser, de peser le pour et le contre, de remettre à plus tard.

 

Samuel a soixante ans, deux grands enfants qui ont un métier et une famille chacun, une ex-femme qui a retrouvé le bonheur dans les bras de son ex meilleur ami, un appartement et une voiture payés, des économies. Et une furieuse envie de quitter son poste et ce couple d’incompétents prétentieux qui lui sert d’employeurs. Depuis dix ans, il a avalé trop de couleuvres, a offert trop d’heures supplémentaires, a fermé sa gueule trop souvent. Le confinement et le télétravail – sans compter ces mois déclarés en chômage partiel alors qu’il a travaillé à plein temps – ont eu raison de sa patience et de sa motivation.

 

Mais voilà, Samuel est un lent. Son ex-femme le lui a assez reproché. Lui, explique qu’il prend simplement le temps de la réflexion. Il n’agit jamais sur un coup de tête, laisse toujours la nuit lui porter conseil. Voire plusieurs nuits même.

Assis dans sa cuisine devant sa tasse de thé, il relit une dernière fois sa lettre de démission. Claire, nette, avec tous les termes indispensables en matière de droit. Il ne manquerait plus que Bonnie & Clyde (comme il a surnommé son duo de patrons) y décèlent une faille et qu’il soit obligé de réintégrer son bureau… tête basse. « Alors Samuel, on voulait nous fausser compagnie ? » Il les imagine avec ce sourire narquois qu’ils offrent si souvent à leurs collaborateurs.

 

Samuel déroule pour la millième fois le film de sa journée. Départ de la maison à 8h00, arrivée au bureau à 8h45, ordinateur allumé à 8h46, un café serré à 8h50 et prêt pour, officiellement, sept heures de travail. Beaucoup plus en réalité. Sauf que, ce soir, il partira à l’heure, c’est sûr. A 9h pile, envoyer un mail à Bonnie & Clyde pour les informer qu’il souhaiterait passer dans leur bureau à la fin de sa journée. Ensuite, essayer de ne plus y penser et bosser, comme d’habitude. Ne plus y penser…

Samuel déroule une dernière fois le film de sa journée. Il se voit frapper à la porte des boss et entrer, sa lettre de démission à la main.

Je ne vais pas vous déranger longtemps. J’ai décidé de démissionner et j’ai préféré vous remettre ma lettre en mains propres plutôt que de vous l’envoyer par la poste. 

Après, la balle sera dans leur camp. Samuel a tout prévu. Il a imaginé tous les scénarii. Et dans tous les cas de figures, il refusera de faire son préavis et prendra les semaines de congés qui lui sont dues.

 

Dix-huit heures, Samuel frappe à la porte du bureau de Bonnie & Clyde.

Entre Samuel !

Le couple n’est pas seul, l’aide-comptable et ses petites lunettes rondes cerclées de noir sur le nez est là, un dossier sur les genoux.

Assieds-toi Samuel, je t’en prie, dit Bonnie.

Clyde, comme à son habitude, regarde l’écran de son ordinateur. La franchise et le courage ne sont pas les qualités qui le définissent le mieux.

Bonnie reprend :

Ta demande de ce matin est tombée à pic, nous voulions te voir. Samuel, je crois que nous sommes arrivés au bout de notre aventure. Nous voulons te proposer une rupture conventionnelle. Pierre-Louis a préparé tous les papiers, que tu pourras consulter tranquillement et nous te verserons bien sûr l’indemnité qui est fixée à…

Samuel reste sans voix. Il froisse discrètement sa lettre de démission et regarde Bonnie bien dans les yeux. Egale à elle-même, elle déverse un flot de paroles, agitant les mains pour ponctuer son discours de gestes amples.

Voilà ! Au fait, et toi Samuel, que voulais-tu nous dire ? demande soudain Bonnie.
Rien d’important. J’accepte votre proposition de rupture conventionnelle.

Jolie histoire, très bien écrite, et émouvante.

Publié le 11 Août 2022

@Cécile Quétier, un bel exemple de sujet répondant au thème d’écriture "Rien ne s’est passé comme prévu". Bravo !
L’histoire est intéressante, on y croit... et c’est bien écrit. En plus, Samuel ne semble pas perdant, tout est bien qui finit bien.
Avec toute ma sympathie.

Publié le 27 Juillet 2022

Bonjour @ Cécile Quétier,
J'ai bien aimé. Je ne m'attendais pas forcément à cette fin. Finalement, il s'en tire bien.

Au plaisir de vous lire.

Publié le 25 Juillet 2022

@Cécile Quétier
Comme quoi ce n'est jamais bon de se précipiter et en plus, il s'en tire avec des indemnités qu'il n'aurait pas eues en démissionnant, juste retour des choses.

Publié le 25 Juillet 2022

Comme quoi une lente réflexion est - presque - toujours bonne !
Bonne journée Cécile.

Publié le 20 Juillet 2022

@LaureFuraud
Bonjour,
J'ai trouvé cela bien écrit et bien amené. On ne s'attend pas à la chute et on a hâte de lire la suite...

Publié le 19 Juillet 2022

@Cécile Quétier
Bonjour,
Beau retournement de situation amené tout doucement. Il est dommage que la situation finale soit si courte. Néanmoins le texte est fluide et permet une lecture agréable.
Cordialement

Publié le 19 Juillet 2022