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Le 13 fév 2014

Les amoureux célèbres...enfin réunis

La Saint Valentin a sa littérature et ses dîners de gala. Une exclusivité organisée pour vous par mon Bestseller.com. Pour la Saint-Valentin, monBestSeller a invité des figures célèbres des grands amoureux de la littérature. Il a fallu beaucoup de talent à Rachel Book pour discipliner les convives et contenir leurs conversations. A vous de les identifier, et de retrouver leurs auteurs. C’est facile mais attention, la mémoire est faillible.
Les amoureux célèbres...enfin réunisLes amoureux célèbres...enfin réunis

De part et d’autre de la grande table dressée ce soir là en l’honneur d’Eros, habillée de rouge et de cristal, les éclats de voix des convives s’élevaient au milieu du cliquetis des couverts des affamés en action et des bruits de masticages vigoureux.

-Juliette, ma tendre étoile, auriez-vous la bonté de me passer le sel s’il vous plaît ? Vous avez l’air un peu pâle encore…

La jeune fille, d’un geste diligent et gracieux, fit parvenir le précieux condiment au beau brun qui le réclamait.

-Rien qui ne soit digne d’être l’objet de votre inquiétude, mon amour, répondit-elle. Cela sera un reste de ce filtre empoisonné qui m’oppresse…

A ces mots, sa voisine de droite, une belle femme, aux traits fins mais à l’air las, tourna la tête, manifestant un intérêt soudain :

- Ah ! dit-elle, vous aussi !

- Comment ça, moi aussi ?

La femme se pencha vers elle, et du ton de ces fausses confidences mondaines destinées à être entendues de la tablée entière :

- L’arsenic, vous savez, c’est une idée terrible… Une mort lente, par soubresauts, et mon Charles de mari, et cet idiot de pharmacien, réduit à l’impuissance ! Un départ très dramatique, on en a écrit des pages mémorables.

La jeune fille esquissa une moue dégoutée.

- Oui, enfin l’arsenic, ça fait un peu populaire, non ? Et puis, il était possible de douter du motif de votre mort, alors que la mienne ne pouvait qu’être interprétée comme l’expression de l’amour le plus pur, le plus éternel, né de deux cœurs que leur naissance devait tenir éloignés et que la postérité gardera serrés l’un contre l’autre, sur scène et dans l’esprit des hommes. Excusez du peu.

A ces mots, Roméo, qui suivait la conversation d’une oreille distraite de sa dulcinée avec Emma Bovary, sourit, et son voisin, un barbu en collants et pourpoints, épée à la ceinture, éclata :

- Ah, les femmes, il vous faut toujours du sang, des larmes, du drame ! L’amour, messieurs, n’est-il pas affaire de conquête ? J’ai bataillé moi, pour la merveilleuse créature que vous voyez assise en bout de table, j’ai affronté son père, le roi, une tripotée de Maures, ainsi que, obstacle ultime et non des moindres, le propre courroux de cette demoiselle!

- Je t’ai pardonné et je t’aime, mais, pour l’amour du ciel, tais-toi donc Rodrigue, tu me fais rougir, bafouilla la merveilleuse créature en question en plongeant dans sa collerette en dentelle.

Roméo se dit qu’à côté, son histoire d’escalade de balcon, c’était moins glorieux. 

- Oh, ces histoires d’amour monolithiques, où tout finit toujours bien, c’est d’un ennui ! entendit-on alors à l’autre bout de la table, et les regards des convives se fixèrent alors sur celle qui avait pris la parole d’un ton où se mêlaient l’assurance de la séductrice aguerrie et le mépris cher à l’aristocratie décadente.

- La variété et l’inventivité sont les plus grandes sources de plaisir en amour, mes chers novices. Rien ne pimente votre vie sentimentale comme les manigances, les cachotteries et les beaux derrières. N’est-ce pas, Vicomte ?

Le vicomte fit, en guise d’approbation, le baiser sur la main de sa voisine le plus obscène de toute l’histoire du baise-mains.

- Mme la Marquise de Merteuil, ces considérations me semblent bien légères, rétorqua une invitée. Il est infiniment plus facile pour une femme d’aller faire des galipettes dans tous les boudoirs de Paris que d’attendre dix ans votre mari qui fait allègrement des détours à cause de soi-disant naufrages accidentels sur les îles de magiciennes de charme, tandis que vous n’avez pour seule occupation qu’une satanée tapisserie.

- Mais enfin, Pénélope… protesta un grand costaud en toge qui gratouillait la tête de son chien, ne sois pas amère, c’était long mais ça valait le coup non ?

- Vous avez beau jeu de parler de longueur, au moins vous vous n’étiez pas à vous reluquer entre deux épagneuls dans un cottage anglais, trop étouffés par votre fierté pour vous avouer vos sentiments mutuels, répartit une jeune fille à la tenue sérieuse mais au regard espiègle. N’est-ce pas Darcy ?

L’intéressé, un peu gêné, acquiesça, les yeux brillants de bonheur, avant que l’attention générale ne fût détournée par la voix cristalline de la Tante Julia qui se leva :

- Assez des chamailleries, on est tous ici pour célébrer l’amour non ? Levez donc vos verres, à l’amour et l’eau fraîche !

Puis elle embrassa fougueusement Malaussène dont la cravate trempait dans la soupe, trop occupé à compatir.

- A l’amour !

 

Pauline Guillier

 

Illustration : "Repas de Noces à Yport" d'Albert Auguste Fourié

 

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