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Du 12 avr 2020
au 12 avr 2020

Diagnostic d’un silence.

L'ouïe est bien sûr liée aux autres sens. Et sa disparition nous fait entendre d'autres choses. Voir sentir et toucher d'autres mondes, autrement. C'est Nathalie LAPARRA qui nous conte ces sensations multiples qui s'enchevêtrent, pour l'appel à la lecture de monBestSeller sur le thème "Ecoutez le silence"

Écoutez le silence des bruits parasites dans la campagne environnante…

Plus aucune carrosserie de voiture, ni de moto, ni de tracteur ne tremble depuis l’arrêt de leur moteur. Leur ronflement matinal s’est éteint au profit des ronflements prolongés de l’homme. L’extinction de voix des klaxons est déstabilisante. Leur cœur s’est arrêté. Sont-ils plongés dans un coma artificiel ? Oui, mais pour combien de temps ? La réponse nous appartient.

L’homme confiné a muté d’un état hyperactif à un état léthargique. Tous ses sens en sont impactés et l’inquiétude le ronge. Dans ce silence troublant, il réfléchit et s’imagine consulter…bruit parasite…parasite…direction le Service des Maladies Infectieuses, Parasitaires et Tropicales de l’Hôpital Miracle.

Mon odorat est modifié

« - Docteur, le temps passe, et de nombreux signes me confortent dans l’idée qu’une surdité naissante m’envahit. La quasi-totalité de mon environnement est devenue silencieuse. Il y a quelques jours, le bruit émis par les réacteurs des avions se raréfiaient dans le ciel et aujourd’hui, ils sont carrément inexistants. Mes oreilles ne perçoivent plus le crissement des pneus, ni les noms d’oiseaux proférés à chaque freinage intempestif. En revanche, je n’entends désormais que le chant des oiseaux. Ne souffrirais-je pas d’acouphènes ? Parallèlement, mon odorat est modifié. Je me surprends à humer des fragrances de fleurs, des odeurs d’herbes fraîchement coupées, jusqu’alors inconnues.
Je vis ces parfums tel un stimulus cérébral. C’est comme si ces senteurs subtiles stimulaient mon cerveau émotionnel et force est de constater que je ressens moins d’angoisses à quelques détails près... Depuis quelques temps, l’air inspiré ne brûle plus mes parois nasales, mes yeux ne sont plus irrités, ils ne pleurent plus, et tout aussi bizarrement, je n’arrive plus à distinguer les émanations des industries implantées à quelques kilomètres de ma belle campagne. Inévitablement pour compenser mon hypoacousie et mon hyposmie, je sollicite davantage ma vue.

Ma vue se focalise sur les images d’une nature arc-en-ciel.
 

Même si mes yeux ne remarquent plus aucune trace d’ADN laissée par la gomme des pneus sur le bitume, en revanche ma vue se focalise sur les images d’une nature arc-en-ciel. Enveloppée et bercée par les ronronnements de mon chat Persan, je contemple, je découvre, je m’émerveille de la beauté des paysages et de la vie qui l’anime comme jamais. J’observe…Je me délecte de l’ensemble de ces clichés…Les bienfaits ressentis m’interpellent et m’amènent à en oublier mon problème de surdité. Qu’en pensez-vous Professeur ? »

Le Professeur, imminent infectiologue et virologue lui rédige une prescription universelle :

Traitement pendant et après confinement :
Poursuivre vos séances méditatives et la ronronthérapie durablement et de façon illimitée, au moment du déconfinement, elles vous épargneront tout prise d’anxiolytiques à la reprise des sons parasites.

 

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