Interview
Du 16 avr 2020
au 16 avr 2020

Un silence inquiétant

Pour beaucoup, c'est la peur. Ces multitudes d'instants qui s'enchainent pour former une journée de confinement ou de sorties rares. Une clé qui grince, une porte automatique qui se ferme, une voiture qui démarre, le bruissement d'une page du livre qu'on lit. "Ecoutez le silence", c'est ce vacarme infernal de la vie ouatée imposée par les nouvelles règles. Un texte intéressant de Margot Eden pour l'appel à l'écriture de monBestSeller.

Un silence inquiétant.

Il est huit heures un quart. J’ai stationné ma voiture dans la rue, je vais à la banque. J’ai emporté ma bouteille d’eau de javel, un carré de coton et mon attestation. Je dois agir vite. Je stresse. Je tremble. Je nettoie les touches du clavier, puis l’écran, ma feuille sur le sol avec mon sac à main et je retire de l’argent. À chaque ouverture automatique de la porte, je regarde derrière moi. Une personne passe avec son chien sur le trottoir. Je suis venue avec la peur au ventre, une envie de vomir, mon rythme cardiaque s’accélère. Je suis dans un état épouvantable par l’appréhension pour la rencontre d’un gendarme. Je ne veux pas me mêler aux autres. Je ne traîne pas. Je récupère mes affaires. Retour dans la voiture. Je roule, la rue principale est vide.

La construction de nouvelles résidences est en suspens. Pas un bruit. C’est si calme. C’est troublant. 

Le désert. Aucun vrombissement. Cela n’arrive que le dimanche. Les jours se suivent et se ressemblent. 

Là, c'est un vendredi. Je n'ai jamais connu cela. Même si j'habite hors du bourg, je suis habituée à un mouvement, il s'anime par les boutiques. Le vide. Je me sens seule. 

Le temps s’est arrêté. 

Je suis tranquille sur mon trajet. Je reviens dans ma campagne, la route est cent cinquante mètres de ma maison et j’entends d’habitude la circulation. 

Seuls les oiseaux chantent, les feuilles des arbres bougent et se balancent au rythme du vent. 

Je reste dehors. Le soleil me réchauffe sur ma terrasse, je lis quelques pages de mon livre. Je ne prends pas de risque de me découvrir avec ma veste d’hiver sur mon dos. Pas question d’attraper un rhume, c’est devenu ma phobie.

C’est un moment de repos, j’oublie ce quotidien oppressant. Je cherche un réconfort. Je m’enferme dans ma bulle, elle est mon refuge et m’apaise. 

Les lézards sortent, les fourmis longent et se déplacent en colonie devant ma porte d’entrée. Je me promène dans mon allée et je rencontre un orvet. J’immortalise l’instant avec l’appareil photo de mon téléphone portable. Je monte le chemin et lorsque j’arrive au bout, j’observe la route. Personne.

La nature continue à vivre dans la quiétude. Elle regagne ses droits sans pollution. Je prends le temps d’étendre mes oreilles et ressentir cette sensation de paix extérieure et une communion avec elle. 

Cela nous paraissait si irréalisable.

Au lieu d’éprouver une sérénité, cette ambiance me confine dans un sentiment sempiternel. La peur de m'éteindre à tout jamais. Quitter cette Terre, sans avoir pu dire aux gens : je suis contente de te connaître. Merci pour tout, pour ton aide. 

Une vie en sursis. Une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes. La mort peut me frapper à tout moment. Il n’y a pas d’âge pour décéder. 

C’est sinistre et mes pensées s’assombrissent. Je broie du noir. 

Autour de nous, c’est si taciturne. Et pourtant, je suis encore en vie ainsi que la faune et la flore. 

 

Margot Eden

Une version des conséquences de ce confinement imposé, donc subi et pas forcément toujours bien compris, irritant même lorsque gendarmes et policiers contrôlent sans discernement, verbalisent bêtement pour se donner l'importance qu'ils n'ont pas dans leur vie sociale. Je ne retiendrai comme exemples que celle de ce fils qui voulait assister aux derniers instants de vie de son père à l'Île de Ré, reparti pour le retour sur 300 km avec en prime une verbalisation après cinq heures d'attente et d'espoir de solution, et celle de cette femme de 79 ans qui communiquait du dehors (donc sans risque de contamination) au moyen d'une ardoise avec son mari de 93 ans dans sa chambre de l'ehpad, verbalisée sans raison valable par une gendarmette exerçant son excès de zèle. Merci @Margot Eden, et merci aussi pour les avis de @Agostini François-Xavier et de @Christian Vial, que je partage. Sans doute la conséquence d'une application imposée sans humanité, sans mesure, qui fera une fois encore de la France le mauvais élève qui aura anéanti son économie tout en sacrifiant sa population.

Publié le 19 Avril 2020

Un texte où nous pouvons nous retrouver tous ou presque Margot Eden...

Bonjour @Agostini Francois-Xavier Je rebondis sur votre commentaire, je partage votre analyse de la situation. J’ajoute que le pire qui pourrait nous arriver ce serait de tout recommencer comme s’il n’y avait pas eu ce coronavirus. Il faudra tout remettre à plat et se décider à réduire, beaucoup, pas d’une pichenette, l’échelle des « salaires », entre guillemets, car pour certains les sommes sont tellement énormes et inimaginables que ce ne sont plus des salaires… Et surtout rémunérer et honorer comme il se doit les soignants dont notre existence à tous dépend. Il faudra bien un jour payer enfin correctement les ouvriers, employés et permettre aux artisans, aux petits patrons de vivre de ce qu’ils produisent au lieu de les plomber de charges sociales diverses et variées… La vie ce n’est pas 50' inside ! Et notre Ve république que notre génération a appris à juste titre à aimer en instruction civique, elle n’est hélas ! plus adaptée aux politiciens d’aujourd’hui, le costume est trop grand. Soixante-trois millions de citoyens aux ordres d’une seule personne ou d'un groupuscule ce n’est plus vivable, ce n’est pas sain, même pour celui qui est aux manettes. Si nous repartions comme avant, nous aurions le pire devant nous.

Publié le 18 Avril 2020

Bonjour vous êtes au bord d'un "burn out" domestique ça existe, l'écriture sauve dans ces cas là. Mais sachez que dans un pays libre LIBRE comme la FRANCE ce calme du confinement est certainement le calme avant la tempête, une tempête qui renverse un Gouvernement. Les Français n'auront pas de patience très longtemps; dans les banlieues le confinement n'est déjà pas respecté, avec les premières chaleurs si cela s'éternise on pourrait assister à des émeutes pires qu'en 2005 c'est prévisible. On n'a pas besoin de sociologues pour comprendre que la France, c'est toujours "le feu sous la cendre" . De plus un pays si riche, 6ème puissance mondiale, incapable de fournir des masques à tout le monde, alors qu'au palais de l'Elysée Macron et "compagnie" ont des masques "en veux-tu en voilà...", il y a des privilégiés, les Français n'aiment pas ça ! Il y aura explications à donner aux Français tôt ou tard... Tout ceci risque de se retrouver dans une débâcle électorale, une révolution dans les urnes... La Chine doit aussi éclaircir l'origine exacte de ce virus, les Américains étudient la possibilité d'un test de laboratoire qui aurait dérapé... On peut tout imaginer étant donné que personne "se mouille" dans cette affaire. Moi aussi je regarde le temps passer, les animaux revenir, les éperviers qui reviennent sur la ville sans crainte, les canards dans les rues de Paris, Paris la ville qui ne dort jamais transformée en "morte vivante" ce sera l'objet d'un roman... d'un film : "comment se rencontrer dans le vide". En attendant l'éclatement général de la situation, bonne lecture à tous les auteurs libres comme vous et moi sur monbestseller.com

Publié le 17 Avril 2020