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Du 04 Jan 2022
au 04 Jan 2022

Rencontre au château

Pierre d'Arlet s'est essayé à un exercice de style périlleux : convertir sa nouvelle "un soir à Ambleteuse" en poème. Si l'histoire est la même, quoique transposée dans le temps, le climat en est différent, peut-être plus coquin même. Une réponse facétieuse à l'appel à l'écriture monBestSeller sur le thème de la rencontre.
La réponse de Pierre d'Arlet à l'appel à l'écriture monBestSeller : rencontre(s)La réponse de Pierre d'Arlet à l'appel à l'écriture monBestSeller : rencontre(s)

Nous arrivions enfin, dans la brume du soir,

A ce château perdu où, me disait Michel,

La comtesse Aliénor voulait nous recevoir.

 

Sache  aussi, disait-il, que sa fille très belle

Ne parle que de toi, et la nuit et le jour

Depuis qu’elle t’a vu gagner avec bravoure

Ce tournoi difficile où tu t’es illustré.

 

Il te faut, mon ami, en cette belle soirée,

Être prêt à l’aimer, prêt à goûter ce fruit,

A l’aimer tendrement jusqu’au bout de la nuit.

 

Quand nos bêtes fourbues allégées de leurs selles

Pansées et bien brossées, prirent enfin repos,

Nous entrâmes au salon éclairé de chandelles

Secouâmes nos bottes, ôtâmes nos chapeaux.

 

L’hôtesse du domaine n’était pas présente,

Mais une jouvencelle au sourire délicieux

S’approchant de nous deux, en belle amie galante,

Me baisa tendrement dans un geste gracieux.

 

La très chère Anita était vraiment jolie.

Une espiègle lumière illuminait ses yeux,

Et ses lèvres pulpeuses en parfaite harmonie

Découvraient un sourire à faire damner les Dieux.

 

Etait-elle donc pour moi, cette taille aussi fine ?

Etaient-ils donc pour moi ces deux beaux seins bien ronds ?

Le bonheur m’attendait au creux de sa poitrine.

Un destin de folie m’avait marqué au front.

 

Le vin coulait à flots devant la table mise.

Quand la cruche fut vide je m’en fus en cuisine

Rechercher un flacon dont notre gourmandise

Ferait en un instant une ivresse divine.

 

Se trouvant dans la porte, chargée de ses plateaux,

Anita se tourna, criant d’une voix forte

̶  Mère ! venez me voir. Laissez là vos gâteaux.

Venez donc admirer ce que le vent nous porte.

 

Quand venant près de moi elle me tendit la main,

Je m’inclinai vers elle sans lever les yeux,

En saisissant ses doigts parfumés de jasmin,

Je sentis en mon cœur un trouble merveilleux.

 

Me relevant enfin pour croiser son regard,

Je vis en son visage une grande émotion.

La lueur grandissait, au fond de ses yeux noirs

Des prémices certaines d’une ardente passion.

 

Je connaissais cette femme, elle me connaissait.

Dans quel Eden lointain avions nous fait rencontre ?

Quelles amours anciennes soudain resurgissaient

Dans cette nuit d’automne où près de moi, tout contre,

Se tenait cette dame ô combien mystérieuse,

Maîtresse de mon âme, comtesse d’Ambleteuse ?

 

Reprenant mes esprits, je m’en fus dans la salle

Rejoindre mon ami qui le verre à la main

Amusait l’assistance d’histoires de cheval

Et racontait comment le matin en chemin

Il avait pris gamelle en un bond périlleux

Qui lui avait laissé un grand nombre de bleus.

 

Toujours quand je tournais la tête pour la voir

Je voyais dans ses yeux une demande muette.

Son âme m’appelait, elle voulait savoir

D’où venait cet attrait qui nous tournait la tête.

 

Quand tous les cavaliers se furent retirés

Nous restâmes à quatre assis tout près du feu.

Dans l’âtre crépitaient des flammes mordorées

Qui nous chauffaient le cœur et nous rendaient heureux.

 

Anita se leva, et regarda sa mère.

Avec un grand sourire elle me tendit la main.

̶ J’emmène notre ami. Nous allons voir la mer !

Je partis avec elle vers un nouveau dessein.

 

La bise qui soufflait se montra importune,

Et bientôt accablés d’une grande froidure

Nous nous blottîmes au chaud dans un creux de la dune.

 

La belle m’embrassa et chauffant ma nature

Me laissa caresser la courbe de ses hanches,

La chaleur de ses cuisses et sa ronde poitrine.

 

Je sentais qu’avec moi elle voulait sa revanche

Prête à s’abandonner comme une libertine.

 

Dans ma tête une voix me répétait sans cesse

̶ Ne fais pas cette erreur, là n’est pas ton destin

Va plutôt contempler la très belle comtesse

Et laisse à cette enfant le choix d’autres festins.

 

Me levant brusquement, j’arrêtai ses baisers,

Voyant que ses grands yeux se remplissaient de larmes,

Je lui dis doucement afin de l’apaiser

̶ Je ne peux pas, très chère, abuser de tes charmes,

Oublions ces désirs qui nous viennent trop tôt,

Redonne moi ta main et rentrons au château.

.

 

La grande pièce vide nous sembla désolée.

Le feu qui mouronnait tout en ombres furtives

S’éteignait lentement car s’en étaient allés

Michel et la comtesse, chacun dans sa coursive,

Se jeter sur leur couche dans les bras de Morphée.

 

Abandonnant ma mie à l’entrée de sa chambre

Je tentai de dormir, ramassé sous ma couette,

Transi du froid glacial de ce mois de novembre.

Tournant et retournant son visage en ma tête.

 

Enfin je n’y tins plus, et caressant l’espoir

Que sous son édredon elle dormirait nue,

Je frappai à sa porte, espérant de la voir.

 

Entre donc ! me dit-elle. J’attendais ta venue.

 

 

 

15 CommentairesAjouter un commentaire

@Pierre d'Arlet
Merci pour cet exercice qui est réjouissant, léger et facétieux. Et je vous prie de m'excuser de l'encombrement de votre page.

Publié le 10 Janvier 2022

@madline Ce n'est donc pas une poutre, c'est un tronc d'arbre...

Publié le 10 Janvier 2022

Merci @galodarsac de votre proposition que j'accepte volontiers.
Ne sachant comment vous joindre hors mBS, je vous donne une adresse mail
pierredarlet120@gmail.com
Cordialement

Publié le 09 Janvier 2022

@Pierre d'Arlet Je vous remercie pour les compliments ! La technique de la poésie, comme toute technique, peut s’apprendre ; ce qui est difficile, c'est de s'en servir avec talent. Mais au vu de votre poème, vous n'en manquez pas, c'est pourquoi je me suis permis de vous faire ces remarques : en retravaillant un tant soit peu la forme, il gagnerait en fluidité et musicalité. Je ne sais si vous aurez l'envie et le temps de vous y consacrer, mais sachez que si c'est le cas je serai ravi de vous conseiller si vous le souhaitez !
Bien à vous
-LGA

Publié le 07 Janvier 2022

@galodarsac
Vous êtes assurément non seulement un expert en "technique de la poésie" (je ne trouve pas le mot qui convient), mais aussi un vrai poète.
Votre rondeau est sûrement parfaitement "académique", et surtout vraiment délicieux à lire (et écouter).
Si toutes les critiques du site étaient aussi bien tournées, on en redemanderait !.
Merci d'avoir pris le temps de m'écrire d'aussi élégante manière.

Publié le 07 Janvier 2022

@madline
Pour votre (contre)information, ce n'est pas la maitrise de l'orthographe qui vous qualifie le mieux,
Vous faites partie de ceux qui voient la paille et pas la poutre (relisez vos commentaires)
Ce n'est pas l'humour non plus qui vous qualifie
Comptez les pieds de tous les grands poètes, ça nous fera des vacances
Bonne année, monsieur triste

Publié le 07 Janvier 2022

Le poème est un miel pour l’œil et pour l'oreille !
Savoir compter ses pieds n'est pas une option.
La règle de Boileau ne souffre exception,
Qui pour l'alexandrin dicte, guide et conseille !

Au sortir d'un rondeau le lecteur s'émerveille,
S'envole plein de rêve et de dilection :
Le poème est un miel pour l’œil et pour l'oreille !
Savoir compter ses pieds n'est pas une option.

Modeste triolet, ballade sans pareille,
Sonnet tout en douceur et délectation,
Musique pour le cœur, tout en dévotion,
Lorsque le rythme est bon, l'écrit se fait merveille :
Le poème est un miel pour l’œil et pour l'oreille !

@Pierre d'Arlet Pardonnez cette entrée en matière, j'ai pensé qu'un rondeau à l'ancienne rendrait la critique plus amène !
Vous avez retranscrit en vers une œuvre en prose, ce n'est pas une mince affaire et je vous en félicite ! En l'occurrence, certes, le fond importe plus que la forme et le résultat est tout à fait charmant. Et l’exigence de la forme est, à cet égard, moins prégnante que pour une œuvre poétique ès qualités.
C'est juste que, par déformation peut-être, j'accorde une très grande importance à la règle de nos maîtres du grand siècle, qui à mes yeux propulse la poésie vers les sommets de l'Olympe, de par sa construction gracieuse et subtile, musicale même. Et que par conséquent, des vers irréguliers freinent cette ascension en rompant son élan.
Bien entendu, à la perfection ultime nul n'est tenu, et il arrive qu'un vers faux échappe à la vigilance, même chez les plus grands (Baudelaire, dit-on, eut des insomnies en en découvrant un dans l'un de ses poèmes après sa publication !)
Bref, je ne veux pas transformer cette page en tribune de défense de la poésie, et je vous renouvelle mes félicitations pour cette belle œuvre !

Ah juste pour info, dans le poème de V.Hugo que vous citez le vers exact est: "Et la belle folâtre alors devint pensive." Sinon, le vers serait bancal !
Voilà, je m'arrête de pérorer
Bien à vous
-LGA (le pédant de service :)

Publié le 05 Janvier 2022

@Fanny Dumond
Merci chère amie de votre message. Je ne suis pas amer du tout, au contraire, car ce petit épisode m'a permis de passer un bon moment. D'abord j'ai constaté qu'on a toujours quelque chose à apprendre. Je croyais avoir fait un texte bien rythmé,(je le crois toujours), je pensais que c'étaient des alexandrins, mais pas du tout, et c'est vrai. Je me suis fait allumer : normal! Moi-même je me souviens de m'être permis de dire à un auteur de mBS que ses alexandrins ne valaient pas un clou : juste retour des choses!
J'ai découvert sur le site le plaisir du dialogue et de la discussion, en plus de celui de faire lire à d'autres les idées qui nous passent par la tête. J'ai apprécié l'humour d'@Eva Verna. Je suis désolé que vous n'ayez pu participer à cet appel à l'écriture, je me sens coupable d'avoir pris deux places! Merci encore de votre gentillesse à mon égard.
Très bonne année Fanny !

Publié le 05 Janvier 2022

Bonsoir@Pierre d'Arlet J'aime lire de la poésie et, comme nous tous, j'en ai appris de longues tirades, et je ne me suis jamais amusée à compter le nombre de pieds ! L'essentiel est le résultat : la musique des mots et comprendre le texte. De temps en temps, je m'essaye aux haïkus et là aussi, c'est bien compliqué. J'ai apprécié la vôtre, même davantage que votre texte initial. Ne soyez pas amer, je devrais l'être plus que vous pour la bonne raison que j'ai envoyé ma contribution à cet appel le 22 septembre avec AR de mBS et qu'elle n'est jamais parue. Ce n'est pas grave, car je l'ai insérée dans mon futur recueil de nouvelles et que je me suis régalée à relever le défi ! Je vous souhaite une bonne continuation et une bonne année. Cordialement. Fanny qui n'est pas jalouse ;-)) et qui trouve ça vraiment lourd de se prendre la tête de cette façon à savoir qui sait le mieux, qui est le pro en la matière.

Publié le 05 Janvier 2022

@Russo,@Jenie,@Eva Verna,@madline,@Ernesto Férié
Pour CONCLURE, je suis obligé de constater que le morceau que je vous ai proposé n'était pas 100% "Alexandrin" , et qu'il y avait donc tromperie sur la marchandise ! J'en suis sincèrement désolé car c'était bien involontaire.
Heureusement quelques lecteurs ont réussi malgré tout à lire l'histoire !
Merci à tous de vos interventions dont certaines sont extrêmement courtoises.

Publié le 05 Janvier 2022

@Pierre d'Arlet
J'adore!!!! Magnifique!!!!
Je trouve qu'il y a du rythme, une belle musicalité.
J'ai apprécié cette lecture.

Publié le 05 Janvier 2022

Personnellement, je me demande qui est le casse-pieds ?

Publié le 05 Janvier 2022

@madloine
Merci de m'avoir répondu si vite.
J'ai écrit mes alexandrins comme on les déclamerait, et on retrouve dans ce cas pratiquement partout les 12 pieds (et non pas 13)
Exemple : vers 13 et 14 que vous dites incorrects.
"Nous entrâmes au salon éclairé de chandelles
Secouâmes nos bottes, ôtâmes nos chapeaux."
je le dis tout naturellement : "Nous entrâm' au salon éclairé de chandelles"
et pas "nous entrâm-eu-zau salon. "
de même je dis "se-cou-âmes nos bott, ôtames nos chapeaux "
et pas "secou-âmes nos bot-tes , ôtâmes "etc.

J'admets bien volontiers que le vers 3 (comme d'autres) n'est pas parfaitement académique à l'écriture.
Il devient correct si on le dit
"Il te faut, mon ami, en cette bel' soirée,"
(et serait mieux :" Il te faut, mon ami, en si belle soirée,")
Il y a peut-être à retravailler les terminaisons en e...

Pour finir, je vous cite Boileau (que je peux méditer)
"Mais dans l'art dangereux de rimer et d'écrire,
Il n'est pas de degré du médiocre au pire."

Avouez que douze pieds n'y sont pas évidents!
Et qu'avec cette histoire vous perdez du temps.
Merci de cet échange au sujet distrayant.

Publié le 05 Janvier 2022

@madline (Mr, Mme?)
D'abord, bonne année et merci de m'avoir lu.
Vous avez raison, des alexandrins bien construits se doivent d'avoir douze pieds et une césure bien placée. Leur lecture nécessite également une disposition d'esprit particulière de recherche du rythme qui les caractérise.
Vous pourriez éventuellement critiquer la césure du deuxième vers, mais il me semble, sauf erreur de ma part, que tous les vers de mon texte comportent douze pieds; indiquez-moi, s'il vous plaît, les vers défectueux qui vous ont dérangé(e).
Inutile de vous rappeler que des syllabes muettes en prose peuvent se prononcer en alexandrins. N'ayant pas l'outrecuidance de me citer en modèle, je vous propose un exemple tiré de Victor Hugo pour illustrer mon propos:

Elle essuya ses pieds aux herbes de la rive;
Elle me regarda pour la seconde fois,
Et la belle folâtre devint alors pensive.
Oh! Comme les oiseaux chantaient au fond des bois!

Le "elle" de la deuxième ligne ne se prononce évidemment pas comme le "elle" de la première ligne.
De même, dans mon texte, il faut lire lu-eur en deux syllabes et non pas lueur, sec-ou-âmes au lieu de "secouâmes" etc.

Ceci dit, j''ai pu commettre des erreurs , et vous remercie de me les indiquer pour me faire progresser.
J'attends votre réponse avec impatience!

Publié le 04 Janvier 2022

@Pierre d'Arlet
J'ai donc lu à la suite d'abord la version prose et ensuite poétique de votre nouvelle !
Mes félicitations pour avoir réussi cette gageure !

Publié le 04 Janvier 2022