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Le 07 nov 2022

Promenade au pays des Prix littéraires.

Je me suis mêlé, il y quelques jours, par hasard à une conversation Facebook sur le sens des Prix littéraires, leurs rôles, et leurs poids, le conseil et la critique. Renvoyé dans mes filets comme un petit dinosaure en milieu hostile, je boude. L’anticonformisme, me semble-t-il, est parfois plus réactionnaire que le conservatisme.
Un "non allergique" aux Prix littéraires pourchassé par les lecteurs du monde entierUn "non allergique" aux Prix littéraires pourchassé par les lecteurs du monde entier

Voici une partie du fil de la conversation...

A- Marrant tous ces gens qui attendent les Prix comme le Saint Graal

B- C’est tellement ça… Et ce pour tous les domaines…que ce soit pour la bouffe avec leurs semaines : « …….. ». Les pubs sont du bourrage de crâne, la culture n’y échappe pas

C- Le Goncourt du jour est déjà vieux, et Homère est toujours neuf

 D- Ils attendent de savoir quoi acheter (pas lire nécessairement mais avoir) pour briller en fin de journée

Moi-  Qu’avez-vous contre les sélections et les conseils. Personne n’est obligé de les suivre. Et moi parmi les 60 000 livres qui sortent par an, je suis bien content de suivre parfois quelques indications de journalistes ou de jury. Tout comme le cinéma et le théâtre

D- Un conseil ? Lisez tous les livres des grands auteurs que vous aimez et que vous n’avez pas pu lire. Lire tout et n’importe quoi en fonction de l’avis des autres, sans fil conducteur de sa propre pensée revient à avoir une femme dans chaque port mais pas de maison à soi.

Moi- Eh bien je ne vous comprends pas…les grands classiques, j’en ai lu beaucoup, et il m’arrive souvent d’y revenir. (et pourquoi seraient-ils tous meilleurs que la littérature d'aujourd'hui ?) J'ai tout de même envie d'explorer mon époque. 
Et ma propre pensée s’organise souvent à l’aide de références et de guides. Les critiques littéraires (que je sélectionne), les Prix, les libraires ne sont pas les pires références auxquelles on puisse se rallier et n’empêchent en rien un itinéraire de réflexion personnel

C- Ce sont surtout les écrivains qui attendent ces Prix pour vendre leurs livres. T’aimerais pas avoir un Prix toi ?

...

Si les Prix littéraires et les critiques ne sont plus un guide d'achats, quel est le guide ?

Ces échanges proviennent d’un groupe de bon niveau. Les règles, les traditions, les Prix, la notion de conseil officiel sont aujourd’hui honnies ou perdues…par une élite qui s'en défie.
Au profit de quoi ? Il semble qu'il y aurait de nouvelles règles ou sources dont je n'aurais pas écho (à part le bouche à oreilles).

A moins que ces critiques ne soient que pur effet de style pour se débarrasser du carcan d'une corporation à grande emprise

Reste à savoir comment chacun sélectionne ses livres. Hormis la couverture, la quatrième de couverture auxquelles j’admets (aussi) être sensible…
Mais attention, n’oublions pas pic et pic et Colégram

Dans la jungle de l'offre, les Prix littéraires sont un repère

Les Prix ont encore de beaux jours. Sans mentionner, le sempiternel Yves le Tellier qui a explosé les scores du Goncourt depuis son avènement avec plus d'un million d'exemplaires, citons le dernier  lauréat 2021, Mohamed Mbougar Sarr, qui a trouvé près de 550 000 lecteurs pour La plus secrète mémoire des hommes. Un livre exigeant, complexe et magnifique.

En attendant et pour la vieille école (ou les vieux ringards) voici quelques tuyaux (qui seront actualisés)

- Brigitte Giraud : Prix Goncourt 2022 : Vivre vite. Flammarion.
Annie Ernaux : Prix Nobel de Littérature 2022 : L'Evénement
- Simon Liberati : lauréat du Prix Renaudot 2022, pour son roman Performance. Editions Grasset.
- Lola Lafon : Prix Décembre  pour son roman Quand tu écouteras cette chanson. Stock.
- Giuliano Da Empoli : lauréat du Prix de l'Académie Française 2022, pour son roman Le mage du Kremlin. Gallimard

 C.L.
 : 

Je ne m'arrête pas sur un prix pour acheter un livre, je ne m'y intéresse pas. Certainement parce qu'une fois, plus jeune, j'ai dû ouvrir l'un de ces fameux livres primés, et je me suis posée la question "pourquoi ce livre ?". Je ne le trouvais pas si bon ni si terrible...
Je fais plus confiance à l'instinct, au coup de coeur, au titre ou à la couverture.
Choisir un livre, ça prend du temps, je feuillette, je lis, pour être sûre. Mais même comme ça, j'ai eu des déceptions.
J'avoue que j'ai un peu peur des prix littéraires prestigieux, de cet entre-soi masturbatoire intellectuel où tout le monde se félicite.
Disons, de nos jours, je suis plus dubitative et bien moins naïve sur ce qui se passe en coulisse et pourquoi certains livres sont primés plutôt que d'autres.
Ca ne rapporte pas seulement à l'auteur, mais à la maison d'édition aussi, et on ne peut pas se permettre de l'oublier... Il y a une économie en-dessous, et c'est vrai qu'il y a des gens qui achètent un livre primé, soit pour l'avoir sur leur étagère, soit pour l'offrir en cadeau, sans forcément avoir à y réfléchir. (J'ai travaillé en librairie, et les prix Goncourt etc se vendent assez bien en période de noël...)
Je préfère un choix de libraire, petit mot écrit à la main sur une carte posée sur le livre en vente, ou un choix de lecteur. Babelio est effectivement un assez bon site pour savoir si un livre a plu ou pourrait nous plaire.
Je préfère des avis humains, plutôt que trop intellectuels avec l'argent que ça peut brasser derrière, on va dire.
Le monde de l'édition est un monde très spécial, de plus en plus petit, de plus en plus fermé, et on est en droit de se questionner sur la valeur de ce genre de prix, à l'heure actuelle.

Publié le 13 Novembre 2022

"Et Dieu a dit "aime ton ennemi". Je lui ai obéi et je me suis aimé moi-même." Khalil Gibran. Excellent, non :-) ? À tous, bonne soirée !

Publié le 08 Novembre 2022

Je vois que "Moi" aime vivre dangereusement ! Dans quel panier de gens auto bien-pensants est-il allé se fourrer... La sortie fut plus timide avec un petit "moi" silencieux, un bon mot eut été plus rigolo...
Personnellement, je prends souvent des risques avec des auteurs non couronnés pour avoir été souvent échaudé par des primés décevants.
Merci à Moi, c'est à dire vous.

Publié le 08 Novembre 2022

Elle est sympathique cette petite discussion. Où chacun exprime une vérité :

A : S'il y a des gens qui attendent les prix pour acheter des livres (l'existence de telles personnes est une hypothèse, on n'a pas de chiffres mais ça me semble plausible), c'est vrai qu'on pourrait s'étonner. Et leur propre goût dans tout ça ?
Je répondrais à A que ce n'est pas simple de se faire confiance, de savoir quoi lire parmi tous les livres qui sortent. Que ces gens dont il se moque gentiment sont sans doute des gens qui doutent, qui ont envie qu'on les rassure, ce qu'on demande parfois à un libraire : il est bien ce livre ? Et le libraire (le sujet supposé savoir) : oui, oui, vous pouvez y aller, il est très bien. Une histoire d'humanité, un homme face à cet objet (le livre) qui rappelle l'école, peut-être les profs, une culture avec laquelle on se sentirait pas tout à fait en phase ?

B : La culture n'échappe pas à la publicité : une évidence, non ?
Je répondrais à B que les prix ne relèvent pas de la publicité : les discussions qui précèdent l'attribution du prix tiennent éventuellement compte de critères commerciaux mais on peut raisonnablement penser que pas seulement, que sont aussi pris en compte des critères d'ordre esthétique, littéraire. La publicité vient ensuite : quand le prix est utilisé comme argument de vente sous-jacent : "c'est le prix Machin donc vous pouvez l'acheter".

C1 : Un Goncourt chasse l'autre... il a raison. Et Homère reste ? Ce n'est pas moi qui vais dire le contraire !
Je répondrais à C que l'épreuve du temps montrera quels Goncourt deviendront des classiques et quels Goncourt tomberont aux oubliettes. Le temps, cher Monsieur C (Homère : 8e siècle avant J.C.... ), le temps.

D1 : avoir et être, parler d'un livre pour montrer combien on est cultivé. Oui, bon, et alors ?

Je répondrais à D1 : votre critique de l'ego m'étonne. Quand un homme va au-devant de la mort (par exemple, devant un peloton d'exécution), s'il y va dignement, c'est pour satisfaire son ego, se dire : je n'ai pas peur, je meurs noblement. Certes, ses tripes sortiront bientôt et les mouches se régaleront. Mais dans sa tête, au moment de rendre l'âme, ce sera tout différent : il aura transformé sa mort en autre chose de plus grand que la chair. Si nous n'avions pas d'ego, nous mourrions comme des bêtes. Le rapport avec votre propos (cher monsieur D1) ? C'est que celui qui a le livre juste pour l'avoir ou pour briller en fin de journée, il le fait pour paraître d'abord à ses propres yeux un peu moins bête.
Un problème avec l'humanité, cher monsieur D1 ? La vôtre ? Celle des autres ? Personne n'est parfait ? Et oui, mon bon monsieur. Personne.

Moi 1 : rien à dire. Un propos modéré, subtil, intelligent :)

D2 : "Lisez tous les livres des grands auteurs que vous aimez et que vous n’avez pas pu lire" ? Excellent conseil. Ce qui ne signifie pas, cher monsieur D2, que quiconque ne le suivrait pas à la lettre serait une girouette sans personnalité.

Moi 2 : voir Moi 1.

C2 : Les écrivains sont les premiers à attendre ces prix pour pouvoir vendre. Oui, ça me semble logique de vouloir être distingué et de vendre, en quoi est-ce un problème cher monsieur C2 ?

"T'aimerait pas avoir un prix, toi ?"
Si.
Tout le monde a envie d'être reconnu. L'ego est un bon moteur dans bien des cas pour créer du lien, de l'art, de la signification (voir D1).

Publié le 08 Novembre 2022

Aïe, aïe, aïe, cher C.L., vous avez échangé avec des murs de frustration... La dernière réplique de C. résume tout, ce qui n'est guère réjouissant, je vous l'accorde ;-).
Bonne soirée !

Publié le 07 Novembre 2022

Excellente idée, ce billet d'humeur.
Que sont devenus les Prix littéraires, dont le nombre s'élève aujourd'hui à + de 2000 ? Et ce n'est pas fini, puisque chaque année, plusieurs dizaines de nouveaux prix voient le jour.
A quand le Prix des Prix littéraires ? (le Prix monBestSeller des Prix, par exemple. Hmmmm, j'le vois bien çiu-là !)
Oui, cher C.L. (mais qui êtes-vous donc, acré bonsouaire ?), comment, en effet, s'y retrouver dans les 67000 "ouvrages" paraissant chaque année dans notre pays (j'vous cause même pas des traducs !).
Il fut un temps que personne ici ne connaît, disons au début du siècle passé, où les prix étaient faits pour consacrer l'écrivain. Lui, oui, le maillon le moins bien loti de la profession du livre. Le soutenir, le mettre en valeur, et lui redonner l'ardeur à la tâche afin qu'il ne cède pas à la tentation du roman de gare, ou du journalisme.
Mais, de nos jours, les choses sont un peu différentes : la consécration de l’écrivain et le souci de la valeur littéraire se sont effacés au profit des lois du commerce, et les Prix, sont depuis longtemps récupérés par les impératifs du marché.
Alors, quoi ? Reste des lieux comme Babelio, où l'on détecte vite qui commente et critique par passion, et qui le fait pour l'intérêt de l'auteur (rarement), de la maison d'édition (souvent), et où les abondantes citations permettent de comprendre si l'écriture nous convient.
C'est en tout cas ce que je fais quand je m'éloigne de mes "chéri-e-s".

Publié le 07 Novembre 2022

Les prix littéraires ? Une grande concurrence chaque année entre maisons d'édition. Petits arrangements entre amis ? Consensus et renvoi d'ascenseur ?
Quels que soient ces arrangements sur la sélection et le choix des lauréats, ils sont élus (parfois après de nombreux votes comme pour le Prix Goncourt 2022) et cela produit un effet sur les ventes.
Grand bien leur fasse, tant aux auteurs lauréats qu'aux maisons d'édition.
Chaque lecteur potentiel est libre de s'en remettre (ou pas) aux conseils des critiques, aux avis des médias, aux votes des jurys.. ou à ses goûts personnels pour avoir envie (ou pas) de lire tel livre publié, primé ou pas... comme de lire ou de relire les classiques qu'il affectionne.
Mais bien évidemment, face au nombre impressionnant de livres publiés chaque année, il lui faudra bien se référer à des avis ou à des promotions publicitaires, ou à des coups de coeur à un salon littéraire.
Mais je suis d'accord avec l'interlocuteur C : - Ce sont surtout les écrivains qui attendent ces Prix pour vendre leurs livres. T’aimerais pas avoir un Prix toi ? Et un livre vendu à un million d'exemplaires rapporte au minimum à son auteur un million d'euros. Quel auteur se plaindrait d'un tel apport ? Quel auteur ne rêverait pas d'être le lauréat d'un prix qui pourrait, outre le rendre célèbre, lui procurer un tel apport financier ?
Je n'ai pas une telle ambition d'auteur, mais j'admets qu'il faut au lecteur des repères, des guides, pour progresser dans la jungle des nouveautés, ce qui n'était pas le cas des "classiques" que l'école (à chaque niveau d'études) nous imposait de lire, parfois d'en apprendre des extraits, et d'analyser. Leur richesse pour la postérité se retrouve accessoirement dans les "citations".
Merci monBestSeller pour cette "Promenade au pays des Prix littéraires".

Publié le 07 Novembre 2022