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Le 05 déc 2022

Margueritte et Radiguet : l'un censuré, l'autre pas

A la suite de nos articles sur la censure, Michel Canal devise sur celles qui peuvent paraître légitimes, celles qui sont inattendues et celles qui auraient pu être prononcées. Un débat social, autant que littéraire. De Raymond Radiguet à Victor Margueritte, une réflexion sur l'art, la Société et les contextes mystérieux qui gèrent la licence parfois comme une loterie
Le diable au corps : un scandale maitriséLe diable au corps : un scandale maitrisé

Comment Le Diable au corps, un roman scandaleux pour atteinte aux bonnes moeurs, édité en 1923 dans le Paris de l'entre-deux guerres, a-t-il pu échapper à la censure ? Devenir un grand succès en librairie et son jeune auteur un mythe ?

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Parce que Arte.tv a proposé récemment (23 nov. 2022 à 23 heures), dans le cadre des émissions sur la littérature : « Le Diable au corps, anatomie d'un scandale », j'ai souhaité évoquer le parcours exceptionnel de Raymond Radiguet (juin 1903 - décembre 1923), jeune auteur au talent précoce décédé à seulement vingt ans après une courte mais très riche vie.

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Radiguet : un lecteur forçené

Un adolescent dans la tourmente de la guerre : cette "génération de la guerre" qui "n’a pas fait la guerre", mais "que la guerre a profondément marquée".

On est en 1914 et le jeune Raymond, aîné de sept enfants, fils de l'illustrateur humoristique Maurice Radiguet (58 ans) et de Jeanne Marie Louise Tournier (30 ans), n'a que 11 ans. Élève boursier au lycée Charlemagne à Paris, ses résultats scolaires médiocres le décident à quitter les cours pour faire l'école buissonnière. Dérivatif déterminant pour la suite, il s'adonne à la lecture, dévorant les écrivains des 17ème et 18ème siècles (dont Madame de Lafayette et Jean Racine), puis Benjamin Constant, Stendhal, Proust et enfin les poètes Verlaine, Mallarmé, Rimbaud, Lautréamont.

Radiguet s'inspire d'une liaison coupable pour écrire Le Diable au corps.

En 1917, il a alors 14 ans, ses parents lui font donner des leçons particulières par une voisine, la jeune institutrice Alice Saunier, de 9 ans son aînée. Leur liaison en pleine guerre, alors que la jeune femme est fiancée à un soldat au front dans les tranchées, lui inspirera son premier roman : Le Diable au corps. Commencé en 1919 à 16 ans, il le terminera en 1921.

Commence alors une destinée hors du commun. Féru de poésie, le jeune Radiguet côtoie les célébrités du moment (poètes, peintres, écrivains, compositeurs) qui font la réputation bohème du quartier Montparnasse.

C'est cette courte vie, entre 15 et 20 ans, qui est intéressante : amant à 14 ans, le jeune Radiguet abandonne maîtresse et études à 15 ans pour se lancer dans le journalisme.

En portant les dessins de son père au journal L'Intransigeant, il rencontre le rédacteur en chef, le poète André Salmon, et lui soumet quelques poèmes.

Il signe des contes dans le Canard enchaîné sous le pseudonyme Rajky, publie sous le même pseudonyme quelques dessins humoristiques dans L'Intransigeant et Le Rire.

Tout en étant journaliste pour L'Éveil et L’Heure, il continue de composer des poèmes.

Il se lie avec les poètes Max Jacob, Pierre Reverdy, François Bernouard (qui éditera en 1920 ses poèmes Les Joues en feu), le romancier Joseph Kessel.

Il fait la connaissance des peintres Juan Gris, Pablo Picasso, Amedeo Modigliani (qui en peint le portrait en 1915 - collection particulière à Monte-Carlo), Jean Hugo, Jacques-Émile Blanche (qui en a fait une étude pour son portrait vers 1922 - Musée des Beaux-Arts de Rouen).

Il fréquente les jeunes compositeurs dont Darius Milhaud (avec qui il crée plus tard la pantomime célèbre Le Bœuf sur le toit), Georges Auric, Francis Poulenc, Arthur Honegger.

D'orientation bisexuelle, Radiguet a eu pas moins de quatre liaisons confirmées après celle avec l'institutrice Alice Saunier, parallèlement à celle avec Jean Cocteau : l'Anglaise Béatrice Hastings (après la rupture avec Modigliani en 1916) ; la peintre Irène Lagut (en 1919) ; la Hollandaise Bronia Perlmutter (en 1923), mannequin chez Poiret et future épouse de René Clair.

Il a aussi été l'intime (de manière platonique ou non), de plusieurs autres femmes : Valentine Hugo (peintre et illustratrice, épouse de Jean Hugo) ; la Suédoise Thora de Dardel (romancière) ; Marcelle Meyer (pianiste) ; l'Anglaise Mary Beerbohm (soeur de Sir Henry Maximilian Beerbohm, homme de lettres, critique littéraire, écrivain, caricaturiste et dandy britannique) ; Bolette Natanson (fille de Misia Sert). Certaines ont parrainé sa brève carrière dans le milieu littéraire et artistique : Eugénie Cocteau (la mère de Jean) ; Misia Sert (mécène de nombreux peintres, poètes et musiciens du début du 20ème siècle, égérie et pianiste française d’origine polonaise) ; Coco Chanel.

Radiguet fait une rencontre déterminante pour sa future carrière d'écrivain : Cocteau

En 1918, à 15 ans, le jeune Radiguet auteur de poèmes est présenté à Jean Cocteau qui devine aussitôt un talent caché. Cette rencontre aura une influence capitale sur sa future carrière. Enthousiasmé par les poèmes qu'il lui lit, Cocteau le conseille, l’encourage et le fait travailler. Il l’aide ensuite à publier ses vers dans les revues d’avant-garde, notamment dans SIC et Littérature, le présente au secrétaire général du Quai d'Orsay, son ami Philippe Berthelot.

Radiguet et Cocteau deviennent inséparables et fondent en mai 1920 Le Coq, une petite revue d’allure fantaisiste et de caractère essentiellement avant-gardiste à laquelle collaborent entre autres Georges Auric, le peintre Roger de La Fresnaye, Paul Morand et Tristan Tzara.

C'est loin de Paris, au Grand-Piquey (bassin d'Arcachon) où l'a entraîné Jean Cocteau pour y passer l'été qu'il a terminé en septembre 1921, Le Diable au corps.

L’année suivante, au Lavandou cette fois, toujours avec Cocteau et ses amis, il écrit son deuxième et dernier roman, Le Bal du comte d'Orgel (qui sera publié à titre posthume en 1924 par Bernard Grasset). Le roman raconte un triangle amoureux entre un jeune aristocrate et un couple à la mode. L'intrigue s'inspire de la déception de l'auteur avec la peintre Valentine Hugo. La figure du comte est inspirée par son ami le comte Étienne de Beaumont qui donnait des ballets et des fêtes somptueuses connues du Tout-Paris.

Terminé en septembre 1921, Le Diable au corps est publié le 10 mars 1923.

 Le Diable au corps : une campagne publicitaire spectaculaire… et inédite. 

Le livre, édité par Bernard Grasset, fait l’objet d’une spectaculaire campagne publicitaire alors inédite sur le thème « Le premier livre d’un romancier de 17 ans ».

Il est le premier livre lancé par un "clip" projeté dans les salles de cinéma à la fin des Actualités Gaumont. On y voit le jeune homme apporter son manuscrit à l’éditeur qui le présente comme « le plus jeune romancier de France », auteur d’un véritable « chef d’œuvre ».

« D’entrée de jeu, l’éditeur a tablé sur le scandale pour faire un succès », confie Julien Cendres, biographe de Radiguet. Avant d’ajouter : « Il a utilisé tous les moyens, possibles et même impossibles. Il a fait en sorte que des piles de livres soient installées dans les librairies, accompagnées d’une affiche de la photo de l’auteur par Man Ray. Grasset a également simulé la scène de la signature du contrat entre Radiguet et lui-même en la faisant filmer… On n'avait jamais vu ça pour le lancement d’un livre en France. »

Devant une telle publicité qu’elle juge de mauvais goût, la critique est surprise, voire moqueuse et hostile.

— L’auteur lui-même a publié un article le jour de la sortie de son roman largement autobiographique, à propos du tapage fait autour de son texte.

« On pourra juger qu’il eut été décent à l’auteur du Diable au corps de déplorer ce bruit fait autour d’un roman avant que soit donnée au public la possibilité de se faire une opinion. Pourtant, je suis décidé à ne point m’excuser. Tous les écrivains comprendront mon plaisir à trouver réuni en un seul homme deux éditeurs qui m’avaient toujours paru inconciliables : celui qui aime d’amour l’œuvre qu’il édite et celui qui lance les livres. »

Un bien bel hommage qui montre que Radiguet était non seulement un écrivain à la précocité foudroyante, mais aussi un auteur avide de succès et pragmatique.

Alors que la publicité avait été jugée de mauvais goût, la critique moqueuse et hostile, après la publication Radiguet reçoit de chaleureuses félicitations d’écrivains tels que Max Jacob, René Benjamin, Henri Massis et Paul Valéry.

— C'est un grand succès de librairie.

Ecrit dans un style sobre, dépouillé de tout effet, le livre est un immense succès de librairie. Plus de cent mille exemplaires sont vendus en trois mois.

Dans la presse, celui que Cocteau considère comme un « enfant prodige » est taxé de « sublime Marmaille » ou encore de « bébé Cadum de la littérature ».

— Mais la polémique est violente. Le roman sulfureux et la présentation par l'auteur sont à l'origine d'un des plus grands scandales littéraires dans le Paris de l'après-guerre.

Le premier roman de ce jeune auteur de 19 ans raconte l’amour interdit entre un adolescent de 15 ans pas assez âgé pour être soldat, et une femme mariée de 18 ans dont l'époux est parti au combat. L'histoire est immorale, scandaleuse dans le contexte de l'époque quelques années seulement après la fin du Premier conflit mondial durant lequel 900 jeunes Français mouraient chaque jour sur les champs de bataille.

Son succès a soulevé une violente polémique car il était de fait celui d'un affront à la morale bourgeoise et à l’honneur des anciens combattants dont 1,4 million de leurs camarades ont perdu la vie ou sont portés disparus, et des centaines de milliers d'autres revenus gravement blessés, mutilés.

Les quelques lignes que Radiguet a écrites pour présenter son roman ont sans doute contribué à ce qu'il soit considéré comme l’un des plus grands scandales littéraires dans le Paris de l’entre-deux-guerres :

« Je vais encourir bien des reproches. Mais qu’y puis-je ? Est-ce ma faute si j’eus douze ans quelques mois avant la déclaration de la guerre ? Que ceux qui déjà m’en veulent se représentent ce que fut la guerre pour tant de très jeunes garçons : quatre ans de grandes vacances. » 

De même lorsqu'il écrivit dans Les Nouvelles littéraires le jour même de la publication de son roman, un article dans lequel il affirmait que son roman, qui puisait pourtant dans sa vie, était une fausse biographie :

« Ce petit roman d'amour n'est pas une confession […] On y voit la liberté, le désœuvrement, dus à la guerre, façonner un jeune homme et tuer une jeune femme […] le roman exigeant un relief qui se trouve rarement dans la vie, il est naturel que ce soit justement une fausse biographie qui semble la plus vraie. »

Une mort prématurée qui fait de Raymond Radiguet un mythe.

À la suite d'une baignade dans la Seine, Raymond Radiguet décède emporté par une fièvre typhoïde malgré les traitements de l'époque prodigués par le médecin de Cocteau.

Par sa mort à seulement 20 ans, il est devenu un mythe, consacré par la jeunesse de son époque, cette "génération de la guerre" qui "n’a pas fait la guerre", mais "que la guerre a profondément marquée".

Il est permis de croire que la disparition si soudaine de ce surdoué des lettres qui a connu un destin fulgurant, côtoyé tout ce qui comptait de célébrités, a contribué au succès de son oeuvre littéraire, en pleine période de ce que l'on a appelé « les années folles ».

Un succès qui a prévalu sur l'atteinte aux bonnes moeurs en raison de sa liaison avec Alice Saunier, de ses autres liaisons étant encore mineur, dont celle homosexuelle avec Jean Cocteau. il n'y a eu aucune condamnation pour détournement de mineur.

On peut être surpris que les ligues de vertu si promptes à réagir à l'époque n'aient pas demandé la censure de ce roman scandaleux et immoral a fortiori écrit par un auteur encore mineur (la majorité était alors 21 ans).

L'adaptation au cinéma en 1947 connaîtra un second scandale.

En 1947, l’adaptation au cinéma par Claude Autant-Lara, avec Gérard Philipe dans le rôle de François Jaubert et Micheline Presle dans celui de Marthe Grangier, connaîtra un second scandale. C'est un tollé lors de sa sortie à Bordeaux. Des journalistes signent une pétition pour que le film soit retiré de l'affiche.

François Jaubert, jeune lycéen de 17 ans, devient l'amant de Marthe, jeune épouse d'un poilu, aide-soignante dans un hôpital militaire. Les amants affichent leur passion au vu et su de toute la ville, créant le scandale. Marthe tombe enceinte de François, ce qui achève de bafouer l'ordre moral établi de l'époque. Avec la fin de la guerre se profile le dernier acte de cet amour qui comportait dès le départ tous les ingrédients d'une tragédie. Le mari rentre du front et Marthe meurt en couches.

La critique y a vu une incitation à l'exaltation de l'adultère et de l'antimilitarisme. Alors que dans les années 1920, le personnage de l’adolescent oisif dérange l’ordre moral, dans l’immédiat après-guerre c’est la femme infidèle qui cristallise le déshonneur de la France.

Le film exacerbe les sentiments de la jeune génération de 1947 qui avait atteint l'adolescence pendant la Seconde Guerre mondiale.

Gérard Philipe a obtenu le Prix d'interprétation au festival de Bruxelles 1947. Mais à la projection, l'ambassadeur de France a quitté la salle.

Adaptations cinématographiques ultérieures :

1970 : Le Bal du comte d'Orgel par Marc Allégret, avec Jean-Claude Brialy dans le rôle d'Anne d'Orgel

1986 : Le Diable au corps de Marco Bellocchio, avec Federico Pitzalis et Maruschka Detmers

Son oeuvre littéraire :

— Romans :

Le Diable au corps : 1923, Bernard Grasset ; Le Bal du comte d'Orgel : édition à titre posthume par Bernard Grasset.

— Poésie :

Les joues en feu : 1920, avec quatre images dessinées et gravées au burin par Jean Hugo ; Devoirs de vacances : 1921 ; Vers libres : 1926 (publication posthume) ; Jeux innocents : (publication posthume).

— Théâtre :

Les Pélican : 1919, comédie bouffe en deux actes ;

Le Gendarme incompris : 1921, Critique bouffe en un acte de Jean Cocteau et Raymond Radiguet, musique de Francis Poulenc, mise en scène de Pierre Bertin, montée au théâtre Michel

— Divers :

Denise, illustré de lithographies de Jean Gris, Paris, éditions de la Galerie Simon, 1926

— Éditions posthumes :

Oeuvres complètes de Raymond Radiguet, éditions Grasset & Fasquelle, 1952, comprenant : Le Diable au corps, Le Bal du Comte d'Orgel, Les Joues en feu et divers textes, ainsi qu'un dessin de Jean Cocteau et une photographie de l'auteur.

Oeuvres complètes, éd. Julien Cendres en collaboration avec Chloé Radiguet (nièce de Raymond), éditions Stock, 1993 ; éditions Omnibus, 2012.

Oeuvre poétique, éd. Julien Cendres en collaboration avec Chloé Radiguet, préface de Georges-Emmanuel Clancier, coll. « La Petite Vermillon », éditions de la Table ronde/Gallimard, 2001.

Lettres retrouvées (correspondance de Radiguet, présentée par Chloé Radiguet et Julien Cendres), éd. Omnibus, 2012.

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L'auteur du roman La Garçonne, publié un an plus tôt en 1922, a lui été censuré dés son lancement

L'auteur du roman La Garçonne, publié un an plus tôt en 1922 chez Ernest Flammarion dans le même contexte de l'après-guerre, n'a pas bénéficié de la même clémence.

— Un scandale retentissant. Une condamnation unanime. L'hostilité des féministes. Mis à l'Index par le Vatican.

Outre le même succès de librairie que Le Diable au corps, le roman La Garçonne a aussi suscité un scandale retentissant parce qu'il présentait une jeune femme indépendante menant une vie sexuelle très libre avec des partenaires aussi bien masculins que féminins.

De l'extrême gauche à l'extrême droite, la condamnation a été unanime. On a accusé le livre de pornographie (toutes les pratiques sexuelles y sont évoquées, même des scènes de partouze), bien que le langage employé ne soit jamais scabreux.

Il a rencontré aussi l'hostilité des féministes qui retenaient du livre qu'il mêlait l'égalité des droits politiques et civils avec le vagabondage sexuel, le lesbianisme et la toxicomanie, et qu'il rendait donc un mauvais service à leur cause.

Le Vatican l'a mis à l'Index. Hachette a refusé de le distribuer.

— S'il n'a pas fait l'objet de poursuite par la Justice pour outrage aux bonnes moeurs, l'ex officier de cavalerie sera radié de l'ordre de la Légion d'honneur.

Le général de Castelnau, président de la Ligue des pères de familles nombreuses, a menacé de faire saisir le livre en justice.

L'auteur n'a pas été poursuivi en France par la Justice pour outrage aux bonnes mœurs. Mais la Ligue des pères de familles nombreuses, par l'intermédiaire de son président, obtiendra sa radiation de l'Ordre de la Légion d'honneur.

À l'automne 1922, il a adressé une première plainte au Conseil de l'Ordre de la Légion d'honneur, exigeant la radiation de Victor Margueritte, l'auteur portant la décoration avec le grade de commandeur.

Sommé de s'expliquer devant une commission mise en place par le Conseil de l'ordre sur ses « actes de nature à porter atteinte à son honneur », l'auteur s'y est refusé. Il a été radié par décret signé du président de la République Alexandre Millerand le 2 janvier 1923.

Victor Margueritte accuse le conseil de l'ordre d'« exhumer la Censure littéraire »

Victor Margueritte adresse une lettre au Conseil de l'Ordre dans laquelle il accuse les membres d'« exhumer la Censure littéraire ».

À de rares exceptions, comme Georges Courteline qui s'est emporté violemment contre cette décision, et Anatole France qui a envoyé au Conseil de l'ordre de la Légion d'honneur une protestation (qui sera incluse dans les éditions ultérieures du roman), les confrères de l'écrivain ne lui ont guère témoigné de soutien. La Société des gens de lettres, dont Victor Margueritte avait pourtant été président honoraire, s'y est refusée, arguant que le problème soulevé « est social, non littéraire ».

La première adaptation cinématographique en 1923 par Armand Du Plessy sera censurée à sa sortie.

À noter qu'en 1922, l'ex officier de dragons qui a démissionné en 1896 pour se consacrer à la littérature avait déjà publié :

— Romans :

Prostituée (1907) ; Le Talion (1908) ; Jeunes filles (1908) ; Le Petit Roi d'ombre (1909) ; L'Or (1910) ; Le Journal d'un moblot (19123) ; Les Frontières du coeur (1912) ; La rose des ruines (1913) ; La Terre natale (1917) ; Le Bétail humain (1920) ; Un coeur farouche (1921) ; Un coeur farouche (1921).

— Essais :

Pour mieux vivre (1914) ; J.-B. Carpeaux (1914) ; Au bord du gouffre, août-septembre 1914 (1919) ; La Voix de l'Égypte (1919).

— Varia :

La Belle au bois dormant (1896), féerie en un acte et en vers ;

La Double Méprise, ou le Pire n'est pas toujours certain, d'après Calderon, comédie en 4 actes, en vers, Paris, Théâtre de l'Odéon, 17 mars 1898 ;

Au Fil de l'heure (1896), recueil de vers ;

L'Imprévu, comédie en 2 actes, Paris, Comédie-Française, 19 février 1910.

— En collaboration avec son frère Paul Margueritte :

La Pariétaire (1896) ; Le Carnaval de Nice (1897) ; Poum, aventures d'un petit garçon (1897) ;

Une époque (4 volumes, 1897-1904) : Le Désastre (Metz, 1870) ; Les Tronçons du glaive (La défense nationale, 1870-71) ; Les Braves Gens (Épisodes, 1870-71) ; La Commune (Paris, 1871) ;

Femmes nouvelles (1899) ; Le Poste des neiges (1899) ; Mariage et divorce (1900) ; Les Deux Vies (1902) ; Le Jardin du Roi (1902) ; L'Eau souterraine (1903) ; Zette, histoire d'une petite fille (1903) ; Histoire de la guerre de 1870-71 (1903) ; Le Prisme (1905) ;

Quelques idées : le mariage libre, autour du mariage, pèlerins de Metz, l'oubli et l'histoire, les charges de Sedan, l'officier dans la nation armée, l'Alsace-Lorraine (1905) ;

Le Cœur et la Loi, pièce en 3 actes, Paris, Théâtre de l'Odéon, 9 octobre 1905 ;

Sur le vif (1906) ; Vanité (1907) ;

L'Autre, pièce en 3 actes, Paris, Comédie-Française, 9 décembre 1907 ;

Nos tréteaux. Charades de Victor Margueritte. Pantomimes de Paul Margueritte (1910).

M.C.

14 CommentairesAjouter un commentaire

Tribune culturelle passionnante, qui m'a fait découvrir Margueritte, et redécouvrir Radiguet, @Camille Descimes ?
Je ne cesse de penser à ce qu’ils furent l’un et l’autre, dans le contexte de cette société au coeur de la guerre mondiale la plus dévastatrice d’abord, qui donnera naissance à un autre monde, puis dans les années qui ont suivi, que l’Histoire a qualifiées "Années folles".
Si Victor Margueritte avait derrière lui un riche passé de fils de général héros de la guerre de 1870, d’officier de cavalerie, d’écrivain prolifique, humaniste et pacifiste, ce qui justifiera peut-être la censure de son roman "La garçonne", je m’interroge sur la précocité du talent et de la maturité du jeune Radiguet, curiosité dans le monde des artistes de Montparnasse, coqueluche de ses célébrités et de leurs égéries, qu’il séduisait par ses poèmes.
Son parcours, impensable aujourd’hui, a de quoi surprendre, en même temps qu’il explique son succès : ses parents ont 28 ans d’écart, son père est un talentueux dessinateur humoristique un peu subversif ; il quitte le lycée à seulement 11 ans parce qu’il estime que ses résultats sont médiocres, et alors que la guerre impacte tous les secteurs de la société, il s’occupe en devenant un lecteur forcené de la bibliothèque familiale ; il n’a que 14 ans quand il séduit l’institutrice de 9 ans son aînée qui lui donne des leçons particulières, que 15 ans en 1918 quand ses poèmes séduisent celui qui influencera sa carrière littéraire, lui fera connaître tout ce que Paris comptait de célébrités : Jean Cocteau.
J’arrête là l’énumération. Hormis Mozart, combien y a-t-il eu de talents aussi précoces ? Un tel parcours serait-il possible, envisageable aujourd’hui ?
Mais oui, Camille, les pistes de réflexion à son sujet sont inépuisables. Dans une France aux moeurs corsetées, à la morale encore influencée par la religion malgré la séparation de l'Eglise et de l'Etat, ses liaisons (toutes ses liaisons) alors qu’il était mineur auraient dû faire réagir ses parents en premier lieu ; alarmer les ligues de vertu ordinairement si promptes à se manifester ; ses maîtresses plus âgées auraient dû être poursuivies en justice pour détournement de mineur ; sa liaison non dissimulée avec Jean Cocteau, l’homosexualité étant alors considérée comme une perversion relevant de la psychiatrie, aurait dû être critiquée, condamnée. Son roman "Le diable au corps" dont la publicité de l’édition était elle-même un scandale, aurait dû être censuré... De tout cela il n'en fut rien !
Disparu à seulement 20 ans, sans doute devrait-on s’interroger sur ce qu’auraient été son oeuvre littéraire et son empreinte s’il avait vécu quelques décennies de plus.
En tant qu’auteurs "amateurs", réjouissons-nous de son succès. En tant que citoyens d’un pays libre, réjouissons-nous de l’évolution de la tolérance de moeurs autrefois condamnées.
Mais soyons vigilants. La censure, tout comme la régression dans les libertés, sont toujours à l’affût.
Merci pour ce commentaire qui ouvre la voie à d’autres réflexions.
Avec toute ma sympathie. MC

Publié le 17 Décembre 2022

Bravo @Michel CANAL pour cette tribune culturelle passionnante, qui m'a fait découvrir Margueritte, et redécouvrir Radiguet (également via la série de reportages littéraires d'Arte, où l'on trouve aussi Vian, Sagan, Joyce, London, Rushdie etc.) Des destinées parsemées d'embûches, qui montrent la ténacité de certains. Ou a contrario le succès fulgurant qui les a consumés. Finalement est-ce bien une vie de rêve que celle d'écrivain ? Non :) Bienheureux les amateurs que nous sommes (amateurs dans les deux sens du terme)
Pour en revenir à votre tribune, le parallèle entre ces deux auteurs est éclairant, voire inspirant, sur les raisons de la censure, son éventuelle (auto)justification, ce qui montre l'évolution de nos sociétés. Dans le sens inverse, les écrits de Matzneff, éloge de la pédopornographie, non censurés, jusqu'à la polémique trop récente.
Merci pour ces pistes de réflexion et pour votre travail de recherche !
Amicalement,
Camille

Publié le 17 Décembre 2022

Merci @Yvar BREGEANT pour votre commentaire très intéressant. Un point de vue aussi complet est à la fois intéressant pour l'auteur et pour les futurs lecteurs.
Précisions :
1 - De mon point de vue, le jeune Radiguet ne cherchait pas le scandale par son écrit (à moins que Jean Cocteau en le conseillant, plus avisé, en ait subodoré l'impact). Le roman "La garçonne" publié un an plus tôt pouvait laisser supposer que les ligues de vertu se mobiliseraient peut-être comme elles l'avaient fait pour le roman de Victor Margueritte.
2 - Le scandale a essentiellement été le fait de l'éditeur Bernard Grasset. Lui par contre savait très bien ce qu'il faisait et a tout fait pour que l'opinion s'en empare. N'oublions pas qu'en 1923 et un an après "La garçonne", la France et plus particulièrement le microcosme parisien vivait au rythme libertaire des "Années folles".
3 - Le jeune Radiguet n'est pas mort noyé : en se baignant dans la Seine il a contracté la fièvre thyphoïde, que la médecine de l'époque n'était pas en mesure de traiter, ne disposant pas de l'arsenal des antibiotiques. J'ai lu que le médecin de Jean Cocteau l'avait mal diagnostiquée, mais en fait il n'avait pas la possibilité de la juguler.
Vous avez raison de croire que tous les êtres connus nous reviendront. Ils sont de toutes façons dans le monde "invisible", bien vivants sous une autre forme. Le fait que presque 100 ans après sa mort on parle encore de ce jeune prodige, du succès de son oeuvre littéraire, du mythe qu'il est devenu en est une manifestation. J'ajouterai, comme je l'ai écrit dans l'épilogue du Journal intime de "L'éveil de Claire", que les êtres de légende ne meurent pas, tout comme les personnages de romans.
Avec toute ma sympathie. MC

Publié le 14 Décembre 2022

Merci Michel CANAL pour cette recherche fouillée, pointue.
Je crois que Catarina Viti à parfaitement raison de dire que pour comprendre la censure dont un auteur fait l'objet il faut contextualiser les pouvoirs en place et en jeu au moment de la sortie de ses écrits.
Il faut aussi parvenir à distinguer, ce qui n'est jamais facile, celui/celle qui exprime une idée à contre courant uniquement pour faire le buzz, par provocation, mais sans réelle souffrance intérieure et sans intime conviction. Notre époque est chargé de suffisamment d'exemples. Rares, à mon sens, sont les êtres profondément "poètes révolutionnaires" qui, déprimés, oppressés par un carcan de traditions humaines pesantes ďénaturant ce qu'auraient dû être les vrais rapports humains, se sont réfugiés, comme pour trouver un meilleur ailleurs, une échappatoire, dans une vie de plaisirs, qu'ils savaient bien, parce qu'ils étaient pour autant extrêmement lucides, qu'ils ne leur apporteraient qu'un bonheur éphémère. Je trouve personnellement tous ces auteurs excessivement attachants, car, même si je ne cautionne pas personnellement leurs errements, que ce soient dans les bordels ou les fumoir d'opium, je les mets surtout sur le compte de la société de l'époque, qu'ils s'agissent des chefs politiques, économiques et religieux qui pour préserver leur gloire temporelle ont sacrifié tout ce qui faisait notre humanité et ont créé une société où il fait mal vivre. Ce sont eux, au premier chef les vrais responsables de la souffrance des gens que certains, par dépit, ont donc exprimé de manière si différente par leur mode de vie à contre courant et par leur plume rebelle et revêche.
Je suis convaincu que ces êtres ont un cœur bien meilleur que celui des prêtres qui les ont honnis en les jugeant au lieu de les aider à trouver la juste voie.
Le fait que Radiguet soit mort en se noyant me fait penser, et vous me direz que cela n'a sans doute rien à voir et n'a sans doute pas la même dimension, mais je le dis quand même, à Jeff Bucley auteur de Halleluia, pour moi une chanson mythique qui transpire une poésie, une mélancolie extrême, et qui est mort une nuit de noyade dans le Mississipi.
Je suis convaincu que ces êtres nous reviendront, qu'ils auront une nouvelle vie et une nouvelle chance et qu'ils saisiront à pleines mains le bonheur derrière lequel ils ont tellement couru sans jamais pouvoir l'attraper. Mais c'est là une autre histoire et, si vous me le permettez, je préfère... m'autocensurer (!) à ce sujet. Pour l'instant ;) en tous les cas merci pour cette tribune.

Publié le 13 Décembre 2022

@monBestSeller, "Le jeune séminariste", dans les écrits énumérés ci-dessus : "Vous serez aussi intéressé par :" n’est pas de moi mais de Louis Vialle... Rendons à César ce qui appartient à César !
Rassurez-vous, il n’en sait probablement rien. Quant à moi je n’en suis pas offensé.
Cordialement. MC

Publié le 09 Décembre 2022

Intéressant, le portrait original de Raymond Radiguet par Valentine Hugo :
https://www.centrepompidou.fr/fr/ressources/oeuvre/cAnz74d

Publié le 06 Décembre 2022

En effet, @Michel CANAL, je crois qu'on ne peut jamais séparer la censure du contexte dans lequel elle s'exerce, et son but principal est de préserver le cadre garantissant la pérennité de l'élite dominante. Pour répondre à la question que j'ai posée (du coup, j'y réfléchis), il faut d'abord répondre à : "qu'est-ce qui légitimise, aujourd'hui, la "caste dominante" ? ; "quelles sont les briques qui constituent son édifice ?" Autrement dit : "à quoi ne faut-il surtout pas toucher pour que l'l'Histoire puisse suivre son cours, tout en favorisant le profond sommeil de la population". Je vous avoue que je sèche. Je crois que pour tous les thèmes que vous avancez, l'ascenseur ne va pas plus haut que l'étage du scandale (celui-là même qui fait vendre du papier, ou qui crée le buzz directement ou par voie de feed-back).
Vous m'excuserez, cher Michel, de pas conclure par un petit compliment... depuis le temps, vous me connaissez, ce n'est pas mon fort. Mais je n'en pense pas moins, et le cœur y est.

Publié le 06 Décembre 2022

Merci @Damian Jade pour votre commentaire sympathique.
Je précise toutes fois que "Le diable au corps" et les autres écrits du jeune et talentueux Radiguet n’ont rien d’émoustillant à l’heure actuelle (pas plus qu’ils ne devaient d’ailleurs en avoir à l’époque).
C’est tout l’intérêt d'analyser ce qui a pu faire scandale à une époque, qui pourrait aujourd’hui être lu par de jeunes adolescents sans qu’ils en soient affectés ou incités à des pratiques inappropriées. Comme je l’ai exprimé à mon fils professeur de lettres qui m’informait de son intention de le faire lire à sa fille de 14 ans, je doute qu’un texte trop bien écrit — avec un usage récurrent du subjonctif — scotcherait une adolescente adepte du vocabulaire simplifié des SMS... à moins qu’elle ne soit un précoce talent littéraire en devenir.
Avec toute ma sympathie et mon estime pour votre talent d’auteur. MC

Publié le 06 Décembre 2022

Merci @Catarina Viti, pour votre commentaire pertinent.
Oui, le scandale émoustille, participe au succès de ses auteurs ou créateurs dans toutes les formes de l’art.
Oui, la morale bourgeoise n’a jamais aimé être bafouée et la bourgeoisie a toujours su s’encanailler en se préservant.
Mais dans ces deux cas précis, autant "Le diable au corps" que "La garçonne", c’est plus le comportement des personnages au regard des moeurs bourgeoises influencées par le catholicisme et le paternalisme qui est un outrage aux bonnes moeurs que la qualité de l'écriture, tous deux ne comportant aucune vulgarité, aucun terme scabreux, aucune description très érotique. Le scandale fut d’avoir osé contourner ce qu’était la situation sociale, sociétale et juridique de la femme (alors incapable juridique faut-il le rappeler depuis le Code Napoléon, ce qui signifie que les filles étaient mariées sans leur consentement, que la femme mariée n’avait pas plus de droits que les mineurs, les criminels et les débiles mentaux). Les femmes n’avaient aucun droit, surtout pas celui de voter ; elles étaient confinées dans leur rôle de mère et de ménagère, enfermées dans un système entravant toute tentative d’indépendance... Alors oui, leur donner des idées d’émancipation, d’indépendance, d’adultère, de moeurs libres, n’était pas acceptable tant par la bourgeoisie que par la religion et les ligues de vertu, l’une comme l’autre étant incarnées par "des hommes". Colette en avait déjà fait les frais dès le début du siècle avec la série des Claudine et son propre comportement.
Le livre qui aujourd’hui pourrait être sujet à censure ? La censure aujourd’hui a trouvé d’autres voies que celle de la littérature. Mais elle s’exercerait si précisément un livre se hasardait sur le terrain de ce qui est montré du doigt : le harcèlement sexuel, la pédophilie en général, plus encore celle de représentants du clergé, l’inceste... Et tout ce qui relève de la sphère politique : les idéologies des extrêmes, le complotisme, le négationnisme, entre autres.
Un livre carrément pornographique ou violent ne déclencherait probablement pas la censure, sauf s’il décrivait des scènes mettant en cause des mineurs, s’il faisait l’apologie de la prostitution, s’il s’en prenait ouvertement aux personnes LGBT ou à des minorités de la diversité.
Chaque époque réserve ses surprises. Ce qui était inacceptable hier devient banal, voire tolérable aujourd’hui et inversement.
Avec toute ma sympathie pour votre talent d’autrice, votre durée et votre implication sur la plateforme. MC

Publié le 06 Décembre 2022

Merci pour cet article absolument passionnant. Je découvre bien des détails que j'ignorais et cela me donne l'envie de me replonger à la fois dans les écrits de Radiguet et dans cette extraordinaire époque artistique de l'entre-deux guerres.
Félicitations pour la qualité du texte.
Damian.

Publié le 06 Décembre 2022

Merci @Zoé Florent pour ton commentaire qui ouvre l’intérêt porté à cette tribune.
Oui, le choix de ces deux auteurs illustre bien que selon la situation de l’auteur (à cette période si particulière de l’immédiat d’après-guerre 1914-18) la tolérance à la sortie d’un roman pouvait être à géométrie variable.
Le jeune Radiguet, bien qu’il fît outrage aux bonnes moeurs à la fois par son comportement et par la publication de son premier roman dont la promotion par l’éditeur était inédite, volontairement scandaleuse pour en assurer le succès, aucune décision de Justice ne fut prononcée. Ni pour détournement de mineur, ni pour dénoncer sa liaison homosexuelle avec Jean Cocteau, ni pour interdire la publication du roman. Pire, son décès en fit un mythe pour la jeunesse de sa génération... et pour la postérité.
A contrario, l’auteur déjà connu au répertoire élogieux, probablement célèbre puisque ancien président honoraire de la Société des gens de lettres, ancien officier de cavalerie (arme prestigieuse), commandeur dans l’Ordre de la Légion d’honneur, a d’emblée suscité un scandale "retentissant" après la publication de son roman La garçonne. La raison : son personnage était une jeune femme athée, qui victime d’un mariage arrangé, trompée, se venge en cumulant les outrages aux bonnes moeurs. Elle se donne au premier venu après avoir surpris son mari avec une maîtresse peu après leur mariage, coupe ses cheveux, acquiert son indépendance financière en qualité de chef d'entreprise, mène une vie sexuelle très libre avec des partenaires aussi bien masculins que féminins, fume de l’opium, prise de la cocaïne, dénonce le machisme qui n’admet pas l’égalité hommes-femmes, se lie avec un professeur de philosophie pacifiste, partisan de l’égalité des sexes et du droit de vote des femmes, sympathisant de la Révolution russe...
Lui n’échappe pas à la vindicte populaire. Il cristallise probablement tout ce que la bien-pensance reprochait au dérèglement des moeurs motivé par le besoin de renouveau des Années folles après ces quatre années d’une guerre aussi atroce et si lourde de conséquences. Lui-même pacifiste, ardent défenseur de l’émancipation des femmes, du rapprochement des peuples, collaborant aux journaux de la mouvance internationale et communiste, il subit l’opprobre tout à la fois de la classe politique, des féministes, du Vatican, des ligues de vertu, l’acharnement d’un général influent qui s’était illustré durant la guerre, ancien chef d’état-major général des armées françaises en 1915, qui était aussi député de la vague "bleu horizon", président de la Commission de l’armée à l'Assemblée, président de la Ligue des pères de familles nombreuses (que Clémenceau affublait de surnoms tels que "le capucin botté", "le général de la Jésuitière"), lequel obtiendra de le faire radier de l’Ordre de la légion d’honneur... la pire des sanctions pour cet ancien officier.
Merci Michèle, de me donner l’occasion d’apporter ces précisions.
Avec toute mon amitié d’auteur à autrice participant à la vie de cette communauté d’auteurs depuis 2015 sans faiblir, malgré parfois les attaques de concurrents peut-être jaloux de notre succès et de notre rayonnement. MC

Publié le 06 Décembre 2022

Informé tardivement par mon amie Michèle (@Zoé Florent) de la mise en ligne de l’article en raison de mon emploi du temps, je m’empresse tout d’abord d’adresser un chaleureux remerciement à @monBestSeller pour en avoir si bien réussi la présentation.
Je répondrai plus tard aux premiers commentaires. MC

Publié le 05 Décembre 2022

La censure sert surtout (du moins me semble-t-il) à maintenir les contours de la structure sociale. A l''étage inférieur, on ne trouve que le scandale.
Le scandale émoustille. Il faut de temps en temps un "Diable au corps" (un peu de licence, juste la bonne dose qui garde en place la morale bourgeoise. Le bourgeois s'encanaille, mais pas plus. Pas de danger. Juste le frisson).
Mais quand l'auteur propose de transgresser le rituel bourgeois, là, on ne cause plus le même langage. Et c'est ce que fait, à son époque, Victor Margueritte. Il va juste un peu trop loin. (Plus loin, genre Bataille, on dirait de lui qu'il lui manque une case, et les fous sont déjà traités par la société. Dans un autre style, pas besoin de mettre Antonin Artaud en tôle, il y est déjà, à l'hôpital psy de Rodez, dans sa camisole chimique). Le problème avec des Victor Margueritte, c'est qu'ils visent trop court : ils tombent dans une zone qui pourrait donner des idées... aux femmes, qui plus est, en ce temps. Et là : warning ! Si ça faisait tache ? Malheur !
vccccffdccccccccccccc (passage de Zoulou -chat- sur le clavier, pendant que je suis allée vérifier la cuisson de ma choucroute. Si, si, c'est vrai. Je laisse, c'est bon le live).
Je voulais juste rajouter : ce qui serait intéressant, @Michel CANAL ce serait de révéler le livre qui, aujourd'hui, dans notre société, pourrait être sujet à censure. Y avez-vous pensé ?

Publié le 05 Décembre 2022

@Michel Canal Si petite conclusion humoristique j'étais tentée de faire, ce serait : mieux vaut opter pour la promotion canapé que pour l'armée, si l'on désire échapper à la censure ;-) ! Mais trêve de plaisanterie car ces deux auteurs suscitent autant l'admiration que le respect.
Le parcours du jeune Raymond Radiguet est tout simplement bluffant ; son talent évident et son charme probablement certain.
Quant à Victor Margueritte, j'ai lu quelque part qu'il avait été très affecté par la perte de sa Légion d'honneur ; que les ventes de son roman "La garçonne" lui avaient permis de s'acheter une belle demeure à Sainte-Maxime. Par contre, je n'ai rien lu de son état d'esprit, face au peu d'appuis de ses pairs, mais je suppose que ce fut pour lui une autre grosse déception.
Merci pour cette tribune passionnante qui, par le choix de deux écrivains aux parcours si différents, apporte un autre éclairage sur les fluctuations des motifs de censure.
Bises et bonne soirée,
Michèle

Publié le 05 Décembre 2022